Nouvelle-Calédonie : le PS joue-t-il contre la stabilité ?

Alors que le projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie arrive au Parlement à partir du 18 février, le ton monte.
Dans une tribune publiée par Le Monde, plusieurs parlementaires socialistes, dont Olivier Faure et Boris Vallaud, dénoncent un texte qu’ils jugent « lourd de menaces et de dangers ».
Le projet gouvernemental prévoit de constitutionnaliser l’accord de Bougival de juillet 2025 ainsi que l’accord dit Élysée-Oudinot de janvier 2026. Il inclut également un quatrième report des élections provinciales.
Pour le Parti socialiste, qu'il est impossible de bâtir une solution durable sans un « accord consensuel et inclusif », notamment avec le Front de libération nationale kanak et socialiste.
Mais sur le terrain calédonien, la réalité est plus brute.
La population sort à peine des violences du 13 mai 2024, d’une profonde crise économique et d’un climat institutionnel délétère.
Un discours parisien déconnecté du terrain calédonien
Dans leur tribune, les élus socialistes estiment que le constituant serait invité à se prononcer « à l’aveugle », faute de visibilité complète sur le futur projet de loi organique.
Ils dénoncent aussi un quatrième report des élections provinciales, rappelant qu’en septembre 2025, le Conseil constitutionnel s’était déjà prononcé sur la nécessité d’encadrer strictement ces reports.
Le PS considère que différer indéfiniment les élections serait incompatible avec l’exigence démocratique.
Il affirme également que l’absence du FLNKS dans l’accord de Bougival empêcherait toute stabilisation durable.
Mais en Nouvelle-Calédonie, beaucoup ne veulent plus avancer « à l’aveugle » non plus.
Ils ne veulent plus subir ce qu’ils perçoivent comme le diktat de parlementaires parisiens éloignés des réalités locales.
Les entrepreneurs, les commerçants, les salariés, les familles touchées par les blocages et les destructions aspirent avant tout à la stabilité.
Leur priorité n’est pas la relance d’un cycle infini de négociations institutionnelles, mais la reconstruction économique et la sécurité juridique.
La critique socialiste repose sur l’idée qu’aucune solution ne serait viable sans l’adhésion des indépendantistes.
Or, trois référendums d’autodétermination ont été organisés entre 2018 et 2021.
À chaque consultation, le maintien dans la République française l’a emporté.
Ces scrutins ont constitué un cadre démocratique validé par l’État.
Pour une partie importante de la population, ils ont tranché la question de l’appartenance à la France.
Le spectre permanent de l’indépendance
Dans leur texte, les socialistes évoquent la nécessité de clarifier l’accès éventuel à la pleine souveraineté.
Ils rappellent qu’au terme d’un processus, le transfert de la dernière compétence régalienne pourrait conduire à un statut de droit international.
Cette lecture correspond aux revendications historiques d’une partie du mouvement indépendantiste, notamment au sein du FLNKS. Mais elle inquiète aussi une large frange de la population attachée au cadre républicain.
Le débat sur la souveraineté n’est pas théorique.
Il conditionne la confiance des investisseurs, la solidité du système bancaire, l’avenir du nickel, la pérennité des services publics.
Dans un territoire déjà fragilisé par la crise, remettre en permanence sur la table l’hypothèse d’une rupture institutionnelle alimente l’incertitude. Et l’incertitude est l’ennemi numéro un de la relance.
Les socialistes rappellent l’héritage de Michel Rocard et de Lionel Jospin, qui avaient contribué à des accords structurants pour la paix civile. Personne ne conteste le rôle historique de ces séquences.
Mais le contexte de 2026 n’est plus celui des années 1988 ou 1998.
La Nouvelle-Calédonie a traversé trois référendums, une crise sanitaire mondiale, puis des violences majeures en 2024.
Aujourd’hui, la priorité exprimée par de nombreux acteurs économiques est claire : tourner la page du 13 mai 2024.
Sortir du Palais Bourbon et venir en Nouvelle-Calédonie
Le PS estime que sans son soutien, la réforme constitutionnelle n’a quasiment aucune chance d’être adoptée par les trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès. Avec 69 députés, le groupe socialiste constitue effectivement une force charnière.
Mais la question est politique : que veulent les Calédoniens ?
Replonger dans un cycle de négociations sans fin ?
Ou sécuriser un cadre institutionnel stable permettant de reconstruire ?
Beaucoup demandent aux élus nationaux de venir sur le terrain. De sortir du Palais Bourbon.
D’écouter non seulement les leaders politiques, mais aussi les chefs d’entreprise, les salariés, les agriculteurs, les familles.
D’entendre le « poumon » économique local, et pas uniquement le son de cloche des formations les plus radicales.
En effet, pour une partie importante de la population, certains discours indépendantistes restent centrés exclusivement sur la rupture avec la France, sans feuille de route économique détaillée.
La démocratie calédonienne s’est exprimée à trois reprises. Les urnes ont parlé.
Remettre sans cesse en cause ce verdict fragilise la confiance dans le processus lui-même.
Or une démocratie solide suppose que les résultats soient respectés.
La Nouvelle-Calédonie a besoin d’avancer. D’avancer sans improvisation.
Mais aussi d’avancer sans être paralysée par des blocages idéologiques venus de Paris.

