La Tontouta récupère Aircal : tournant historique

Ce mardi 17 février 2026, la presse était conviée à découvrir les nouveaux aménagements de l’aéroport de Nouméa–La Tontouta.
À compter du 2 mars, la compagnie domestique Air Calédonie y transférera l’ensemble de ses opérations, quittant définitivement l’aéroport de Magenta.
Un choix stratégique pour sauver la desserte intérieure
Dans un contexte budgétaire contraint, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie assume un choix clair : rationaliser plutôt que subir.
Le président du gouvernement, Alcide Ponga, a officialisé la date du 2 mars 2026, après concertation avec les acteurs concernés.
L’objectif est double :
– suspendre un investissement estimé à 1 milliard de francs pour moderniser Magenta ;
– réduire à terme environ 500 millions de francs de charges pour la collectivité.
Pour Air Calédonie, fragilisée depuis plusieurs années, le regroupement à La Tontouta constitue un levier majeur de compétitivité.
La compagnie a déjà engagé des efforts significatifs :
– plan de licenciement en 2023 ;
– vente d’un appareil en 2025 ;
– recherche de nouvelles pistes d’exploitation, notamment au Vanuatu.
Le message est limpide : sans restructuration, pas de survie durable.
Mutualisation, économies et montée en gamme
Le projet repose sur une logique simple : mutualiser les moyens entre Aircalin et Air Calédonie.
En partageant la même plateforme, les deux compagnies pourront optimiser :
– infrastructures ;
– maintenance ;
– organisation opérationnelle ;
– coordination des flux passagers.
Selon Daniel Houmbouy, directeur général d’Air Calédonie, la piste de La Tontouta, plus longue et moins exposée au vent que celle de Magenta, permettra :
– moins de retards ;
– moins d’annulations ;
– une meilleure capacité d’emport ;
– des horaires élargis.
Nous serons moins soumis aux conditions météo, a-t-il indiqué.
Les projections tablent sur 569 000 passagers en 2026, dont environ 179 000 pour Air Calédonie.
Les travaux, engagés par la CCI fin juillet 2025, représentent environ 200 millions de francs.
Deux phases structurent le projet :
Phase 1 – déjà opérationnelle :
Les arrivées domestiques s’effectuent au rez-de-chaussée dans une salle dédiée.
Les départs empruntent provisoirement le circuit international avant d’accéder à une salle spécifique.
Phase 2 – mi-2026 :
Séparation totale des flux domestiques et internationaux après le contrôle de sûreté.
Nouvelle salle de départ au rez-de-chaussée. Circuit d’arrivée indépendant.
Objectif affiché : fluidité, simplicité et efficacité.
Transport, services et transparence assumée
Le gouvernement a mis en place un comité de pilotage (COPIL) dès le 27 juin 2025. Des comités de projets (COPROJ) se réunissent deux à trois fois par mois.
Communication, accessibilité, continuité pays, devenir de Magenta, infrastructures : chaque volet est suivi.
Un comité de coordination maritime et aérienne (COCODIMA) a également été instauré.
Pour répondre aux inquiétudes, une adresse dédiée et un espace en ligne de questions-réponses ont été ouverts.
Sur le plan pratique, le service de navettes Tontouta Express assurera la liaison entre Nouméa et l’aéroport. Tarif fixé : 500 francs par trajet.
Quatre arrêts sont prévus : Nouméa (gare Patch – CHT), Dumbéa – Koutio, Païta – Arène du Sud, La Tontouta.
Le parking public dispose de 536 places, avec 20 minutes gratuites.
Côté services, trois nouvelles enseignes ouvriront d’ici mi-2026 :
– Columbus Café ;
– Kalolo ;
– Daily Break.
La boutique X-Plora diversifie son offre. Un comptoir « Espace clients » d’Air Calédonie sera installé à proximité de celui d’Aircalin.
Les passagers bénéficieront :
– WiFi gratuit ;
– infrastructures modernisées ;
– connectivité facilitée entre vols domestiques et internationaux.
Face aux appels de certains collectifs à bloquer les aérodromes des îles, le gouvernement assume une ligne claire : essayer avant de critiquer.
Alcide Ponga a invité les habitants à « accorder une chance » à cette nouvelle organisation.
Ce transfert n’est pas qu’un déménagement technique.
Il s’agit d’un choix politique assumé : préserver la continuité territoriale, rationaliser la dépense publique et renforcer la connectivité intérieure.
Dans une période où la Nouvelle-Calédonie doit composer avec des contraintes financières sévères, la stratégie choisie privilégie l’efficacité et la responsabilité.
Le 2 mars 2026, ce ne sera pas seulement un changement de terminal.
Ce sera un test grandeur nature de la capacité du territoire à réformer sans céder à la pression, à moderniser sans renier sa mission essentielle : relier les îles à la Grande Terre.
(Crédit photo de couverture : page Facebook Aéroport international de Nouméa-La Tontouta)

