Tontouta ou faillite : le choix que refusent les îles

Ils bloquent les pistes. Ils ferment les aérodromes.
Mais au fond, une question dérange : veulent-ils sauver Air Calédonie… ou l’enterrer définitivement ?
Un transfert vital pour éviter la faillite d’Aircal
Début mars, Air Calédonie doit quitter l’aérodrome de Magenta pour rejoindre l’aéroport international de La Tontouta.
Un choix stratégique. Un choix budgétaire. Un choix de survie.
Le transfert doit permettre près de 500 millions de francs CFP d’économies.
Dans une compagnie fragilisée par la crise du Covid et par la crise insurrectionnelle du 13 mai 2024, la chute de la fréquentation a été brutale.
Des coupes dans la masse salariale ont déjà été opérées. Des ajustements internes ont été réalisés.
Mais cela n’a pas suffi.
La réalité est implacable : sans économies structurelles, Aircal ne tiendra pas.
Le président du gouvernement, Alcide Ponga, l’a dit clairement le 26 novembre :
Si on ne le fait pas, on est sûr de tuer Aircal et donc la connectivité entre les îles.
Tout est là. Le débat n’est pas émotionnel. Il est économique.
Car une compagnie domestique ne vit pas de symboles. Elle vit de trésorerie, de remplissage, de rationalisation.
Refuser toute adaptation, c’est accepter le risque de disparition pure et simple.
Colère des îles : inquiétude légitime ou refus de la réalité ?
Aux Îles Loyauté et à l’Île des Pins, la mobilisation s’organise. Les aérodromes de Lifou, Ouvéa, Maré et Kunié doivent être fermés les 20 et 21 février ainsi que le 2 mars.
Des rassemblements pacifiques sont annoncés. Une marche est prévue à Nouméa.
Pierre Ukajo, vice-président du comité de coordination coutumière de Drehu (Lifou), dénonce la distance avec Nouméa. Selon lui, la route entre Tontouta et la capitale complique l’accès aux services concentrés à Nouméa.
Hapela Gope, représentant d’Ouvéa, évoque l’éloignement des écoles, des centres de santé et des commerces.
Ces inquiétudes sont réelles. Elles méritent d’être entendues.
Mais une question s’impose : peut-on exiger le statu quo quand l’entreprise est en danger ?
Le billet Nouméa–Lifou aller-retour, pour une famille non éligible à la continuité territoriale, atteint parfois un tarif comparable à celui d’un voyage international vers l’Australie ou le Vanuatu.
Ce modèle est-il soutenable ? Peut-on réclamer des vols quotidiens à bas prix sans accepter une restructuration ?
À ce stade, les collectifs d’usagers disent non au transfert. Mais aucun plan alternatif chiffré n’a été présenté.
Refuser sans proposer ne sauve aucune compagnie.
Un plan d’accompagnement existe : 500 francs vers Nouméa
Le 18ᵉ gouvernement n’a pas ignoré la problématique de la distance.
Un dispositif de navettes terrestres à 500 francs CFP par trajet et par voyageur a été présenté lors du 3ᵉ Comité de coordination de la desserte maritime et aérienne (COCODIMA), réuni le 28 janvier.
Autour de la table : les provinces des Îles et du Nord, Air Calédonie, les acteurs du tourisme, des représentants de Drehu et de Kunié.
Le service sera assuré par Tontouta Express (TEX).
Objectif : compenser l’éloignement entre Tontouta et Nouméa.
Ce n’est pas parfait. Mais c’est une réponse concrète.
La piste restera libre en cas d’évacuation sanitaire, ont précisé les organisateurs de la mobilisation.
Les gendarmeries ont été informées.
Le droit de manifester existe. Le droit d’alerter aussi.
Mais bloquer les aérodromes à la veille d’un tournant stratégique pose une question politique majeure : souhaite-t-on vraiment préserver la desserte aérienne des îles ?
Car si Aircal disparaît, il n’y aura plus de débat sur Magenta ou Tontouta. Il n’y aura plus de vols du tout.
La Nouvelle-Calédonie traverse une période économique fragile. Les finances publiques sont contraintes. Les entreprises doivent s’adapter.
La vision économique doit primer sur l’affect.
Air Calédonie n’est pas un symbole identitaire. C’est une entreprise.
Et une entreprise qui ne s’adapte pas meurt.
La question est désormais simple : les habitants des îles veulent-ils une compagnie viable demain ou un statu quo qui mène à la faillite ?
L’heure n’est plus à la posture. Elle est à la responsabilité.

