Présidentielle 2027 : une campagne qui en rappelle d’autres

TEMPS LONG. La candidature de Bruno Retailleau était attendue, elle ponctue une campagne qui est ouverte depuis de longs mois, à l’image des précédentes de 1995 ou de 2007.
Antonin André16/02/2026

Passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron, à l'Elysée, en 2017. SIPA / © Revelli-Beaumont / Joly Lewis / Zihnioglu Kamil
« La campagne présidentielle tarde à démarrer, se plaint régulièrement Sébastien Lecornu, souvenez-vous du duel Villepin-Sarkozy sur la plage de la Baule en septembre 2005 ! Près de deux ans avant l’échéance… » S’il fait montre d’impatience, c’est parce qu’il préférerait que l’attention de l’opinion publique soit davantage captée par une campagne de propositions en vue de 2027 que par un travail gouvernemental fastidieux que les candidats déclarés ne cessent de dénigrer. « Plutôt que de répéter matin, midi et soir que rien n’est faisable avant la présidentielle, Édouard Philippe ferait mieux de proposer des idées, un programme ! », confie un soutien de Lecornu.
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Et pourtant, elle a beau se dérouler à bas bruit, sans éclats, la campagne présidentielle a débuté il y a longtemps déjà, avec la déclaration de candidature d’Édouard Philippe dans une interview au Point le 3 septembre 2024, soit deux ans et demi avant l’échéance.
Candidature presque tardive
Au fil du temps, les ambitions éclosent, XavierBertrand, David Lisnard à droite, Raphaël Glucksman, Clémentine Autain, Jérôme Guedj à gauche pour ne citer qu’eux. L’officialisation de la candidature de Bruno Retailleau, cette semaine, serait presque tardive, contrairement à ceux qui lui reprochent d’avoir hâté le pas sans attendre les municipales. « C’est une campagne qui s’étire sur la longueur, comme celle de 95 qui avait débuté avec la cohabitation deux ans avant, ou celle de 2007, décrypte-t-on à l’IFOP, cela s’explique par l’enjeu : 2027, comme celles précédemment citées, est une présidentielle de renouvellement. » Comme Mitterrand et Chirac en leur temps, pour des raisons différentes, Emmanuel Macron ne peut pas se représenter, ce qui ouvre la voie aux ambitieux de tout poil et allonge mécaniquement la liste des prétendants.
Il y a fort à parier que Macron souhaitera se mêler à la danse
D’autant plus que le syndrome Macron – qui désigne la victoire d’un parfait inconnu –, se répand à la vitesse de l’épidémie de COVID dans la classe politique. Ainsi s’étoffe une offre pléthorique qui ne permet pas, à ce stade, de dessiner le tableau final qui sera fatalement plus réduit. La campagne sera longue, avec des faux plats et des accélérations, notamment au lendemain du 7 juillet, date du verdict du procès Le Pen en appel. « Le positionnement des uns et des autres, et donc l’offre politique de la droite notamment, ne seront pas les mêmes selon que le RN est représenté par Jordan Bardella ou Marine Le Pen », souligne le maire de la Baule et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier. En dépit de ce faux rythme et au risque de contredire Sébastien Lecornu, non seulement la campagne a bel et bien commencé, mais elle bouillonne dans le cerveau des Français.
Ainsi une récente étude de l’IFOP pour Paris Match et l’Observatoire Histoire & Vie publique établit que 78 % des personnes interrogées considèrent que la présidentielle « constitue une opportunité pour permettre à notre pays de repartir de l’avant », 63 % jugent qu’elle « pourrait régler la situation d’instabilité politique et de blocage parlementaire dans laquelle se trouve la France. » S’il fallait trouver une différence avec les scrutins de 1995 ou de 2007, elle se trouve à l’Elysée. À l’inverse de François Mitterrand – soutenant du bout des lèvres Lionel Jospin dans la dernière ligne droite – et de Jacques Chirac – fâché avec Nicolas Sarkozy –, il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron souhaitera se mêler à la danse. Outre la préservation de son héritage – dont il faudra forcément dresser l’inventaire pour ceux qui ont gouverné avec lui –, Emmanuel Macron redoute d’avoir à remettre les clefs à un président issu du Rassemblement national, un fait historique qui effacerait toute autre trace de son passage à l’Élysée.

