La République face à la haine religieuse

Le 12 février dernier, le Ministère de l'Intérieur a rendu publics les chiffres des actes antireligieux – tendances 2025.
Verdict : un niveau globalement stable par rapport à 2024, avec un peu moins de 2 500 faits recensés sur l’ensemble du territoire national.
Le recensement est assuré par les services du ministère sur tout le territoire.
Ces données ne constituent pas une statistique institutionnelle au sens strict, mais elles permettent d’établir une tendance nationale claire et vérifiable.
Derrière les chiffres, une réalité : la pression antireligieuse demeure élevée en France.
Et certaines évolutions interpellent.
Antisémitisme : un niveau historiquement élevé malgré une baisse
En 2025, 1 320 actes antisémites ont été recensés. C’est une baisse de 16 % par rapport à 2024.
Mais le recul statistique ne doit pas masquer la gravité de la situation.
Sur les 25 dernières années, les actes antisémites n’avaient jamais atteint un tel niveau que lors des trois dernières années.
Le contexte international, marqué par l’attentat du 7 octobre 2023 au Proche-Orient, a provoqué une flambée des tensions. Les conséquences sur le territoire national sont mesurables.
Les agressions physiques, verbales ou la haine en ligne représentent 67 % des actes antisémites.
Il ne s’agit pas seulement de dégradations : ce sont des attaques directes contre des personnes.
Parmi les faits marquants :
– l’agression en pleine rue d’Arié Engelberg, rabbin à Orléans ;
– l’agression du rabbin Elie Lemmel à Deauville puis à Neuilly-sur-Seine.
Ces affaires ont suscité une vive émotion. Elles rappellent que la communauté juive, bien que minoritaire en France, demeure l’une des plus importantes d’Europe.
Les actes antisémites représentent 53 % de l’ensemble des faits antireligieux.
Un chiffre disproportionné au regard de son poids démographique sur le territoire.
La lutte contre l’antisémitisme reste donc un enjeu central de cohésion nationale.
La République ne peut tolérer que ses concitoyens soient pris pour cible en raison de leur foi.
Actes antichrétiens : hausse des agressions et mémoire blessée
En 2025, 843 actes antichrétiens ont été recensés. Soit une hausse de 9 % par rapport à 2024.
Ils représentent 34 % du total des actes antireligieux.
Dans 87 % des cas, il s’agit d’atteintes aux biens : dégradations d’églises, profanations, incendies ou vols. Des attaques souvent silencieuses, mais symboliquement lourdes.
Les agressions physiques, verbales ou la haine en ligne ne représentent que 13 % des faits.
Mais ces agressions ont augmenté de 70 % en 2025.
L’année a été marquée par l’assassinat d’Ashur Sarnaya, chrétien d’Orient, dans le Rhône, le 10 septembre 2025. Un drame qui intervient alors que 2026 marque les dix ans de l’assassinat terroriste du père Hamel.
Ces événements rappellent que la violence antichrétienne n’appartient pas au passé.
Elle frappe encore, parfois de manière tragique.
Protéger les lieux de culte chrétiens, comme tous les autres, relève d’un impératif républicain.
La liberté de culte n’est pas négociable.
Actes antimusulmans : une hausse spectaculaire en 2025
En 2025, 326 actes antimusulmans ont été recensés. Soit une hausse de 88 % par rapport à 2024.
Ils représentent 13 % de l’ensemble des actes antireligieux.
Ces actes sont majoritairement composés d’agressions physiques et verbales ainsi que de faits de haine en ligne (64 %).
Deux assassinats ont marqué l’année : Aboubakar Cissé dans le Gard et Hichem Miraoui dans le Var.
Ces drames ont profondément choqué. Ils confirment que l’hostilité religieuse peut prendre des formes extrêmes.
La réponse de l’État se veut ferme. La prévention et la lutte contre les actes antireligieux constituent une priorité affichée par le gouvernement.
Depuis les attentats de 2015, le Ministère de l'Intérieur réunit trimestriellement les forces de sécurité intérieure et les représentants des cultes chrétien, juif et musulman.
Sous l’autorité des préfets, les forces de l’ordre assurent rondes, patrouilles et points fixes aux abords des sites sensibles.
La protection est systématiquement renforcée lors des grandes fêtes religieuses.
En mars 2025, un module de sensibilisation à la sécurité a été lancé pour les responsables religieux.
Plus de 220 sessions ont déjà été organisées.
Depuis 2015, près de 48 millions d’euros ont été alloués à la sécurisation des lieux de culte.
Vidéosurveillance, portes blindées, dispositifs de sûreté : l’État investit.
Par ailleurs, le recours aux mesures de police administrative est assumé : dissolutions d’associations, gels d’avoirs, signalements judiciaires.
Le 12 janvier 2026, lors de ses vœux aux cultes, le président de la République a annoncé l’organisation d’Assises nationales et territoriales contre les actes antireligieux.
Objectif : renforcer encore la mobilisation et identifier de nouvelles pistes de prévention et de répression.
Au-delà des statistiques, un principe demeure. En France, on ne s’en prend pas à un citoyen pour sa foi.
Garantir l’ordre public, protéger les lieux de culte, sanctionner les auteurs : telle est la ligne affichée.
Face aux tensions, la République n’a pas vocation à céder. Elle a le devoir de tenir.

