Eramet chute de 20 % en Bourse après 477 millions d’euros de pertes

Le géant minier français traverse une zone de fortes turbulences. Après l’annonce d’une perte nette massive en 2025, les marchés sanctionnent sévèrement le titre.
Une perte nette de 477 millions d’euros qui affole les marchés
Le groupe minier français Eramet a annoncé mercredi soir une perte nette de 477 millions d’euros pour l’exercice 2025.
Dès l’ouverture de la Bourse de Paris, la réaction a été immédiate : en seulement vingt minutes d’échanges, l’action s’est effondrée de plus de 20 %, tombant à 48,20 euros.
Cette chute spectaculaire traduit la perte de confiance des investisseurs face à des résultats jugés décevants et à une situation interne déjà fragilisée.
Le groupe, présent sur cinq continents et exposé aux marchés du nickel, du manganèse, du lithium et des sables minéralisés, subit de plein fouet un environnement international défavorable.
Une gouvernance secouée et une recapitalisation de 500 millions d’euros
Avant même la publication des comptes, Eramet traversait une période de tensions internes.
Début février, le conseil d’administration a mis fin aux fonctions du directeur général Paulo Castellari, en poste depuis seulement neuf mois. Dans la foulée, le directeur financier a également été suspendu.
C’est donc Christel Bories, présidente du conseil d’administration et directrice générale par intérim, qui a présenté les résultats. Elle a reconnu que « la performance opérationnelle n’a pas été partout à la hauteur des objectifs ».
Face à ces pertes, une recapitalisation d’environ 500 millions d’euros a été convenue avec les actionnaires historiques :
La famille Duval (37 % du capital)
L’État français via Bpifrance et la Caisse des Dépôts (27 %)
Selon la direction, il s’agit d’un « acte fort » destiné à permettre au groupe de traverser un cycle bas et à valoriser ses actifs. Une revue stratégique est également engagée, avec la recherche de partenaires pour monétiser certains actifs.
Nickel, zircon, ilménite : un cycle bas mondial
Le contexte sectoriel pèse lourdement sur les performances du groupe.
En Indonésie, la mine de Weda Bay — exploitée conjointement avec le groupe chinois Tsingshan — sera impactée en 2026 par une décision des autorités locales de réduire la production de nickel d’un tiers afin de soutenir les prix. Les revenus issus de cette participation minoritaire ont déjà reculé de 6,6 % en 2025, après une baisse de 7 % l’année précédente.
Au Sénégal, l’activité de sables minéralisés souffre d’une baisse prolongée des prix :
-21 % pour l’ilménite
-25 % pour le zircon sur trois ans
Pour répondre à ces difficultés, Eramet a lancé en décembre un plan de redressement baptisé ReSolution, destiné à améliorer la productivité et la rentabilité.
Le lithium argentin, l’espoir du groupe
Dans ce contexte morose, l’activité lithium en Argentine constitue l’un des rares signaux positifs.
Début 2025, la mine de Centenario a produit ses premières tonnes de lithium. En fin d’année, l’usine atteignait près de 75 % de sa capacité nominale. Cette montée en puissance s’est accompagnée d’un redressement des cours du lithium depuis le second semestre 2025.
Ce segment stratégique pourrait représenter un levier clé de redressement pour le groupe, à condition que la stabilisation des marchés des métaux se confirme.
Une année 2026 décisive
La chute boursière traduit l’inquiétude des investisseurs face à un groupe confronté à un double défi : restaurer sa rentabilité et rétablir la stabilité managériale.
Entre recapitalisation, revue stratégique et dépendance aux cycles mondiaux des matières premières, Eramet aborde 2026 sous pression. L’évolution des prix du nickel et du lithium sera déterminante pour juger de la capacité du groupe à sortir durablement de ce cycle bas.

