Face à Moscou, l’Amérique relève la tête en orbite

Deux nations, deux idéologies, une planète pour champ de bataille.
Le 20 février 1962, l’Amérique refuse l’humiliation et reprend la main dans l’espace.
Une revanche américaine en pleine Guerre froide
Le 20 février 1962 marque un tournant stratégique dans la course à l’espace.
Ce jour-là, John Glenn devient le premier Américain à effectuer un vol orbital autour de la Terre.
À bord de la capsule Mercury-Atlas 6, baptisée Friendship 7, il accomplit trois révolutions complètes en 4 heures, 55 minutes et 23 secondes.
L’événement ne relève pas seulement de la prouesse scientifique. Il s’inscrit en pleine confrontation idéologique entre les États-Unis et l’Union soviétique.
En avril 1961, l’URSS avait frappé un coup historique avec le vol orbital de Youri Gagarine.
Quelques mois plus tard, Guerman Titov effectuait à son tour une mission orbitale prolongée.
Pour Washington, le choc est immense. Voir Moscou afficher une avance technologique dans le domaine spatial est jugé inacceptable.
Dans un contexte de Guerre froide, la suprématie scientifique est aussi une suprématie militaire.
La réaction américaine est rapide. La NASA, créée en 1958, voit ses effectifs passer de 10 000 à 36 000 personnes en quelques années.
Le programme Mercury devient prioritaire.
En mai 1961, Alan Shepard réalise un vol suborbital. Une avancée symbolique, mais insuffisante : il ne boucle pas une orbite complète.
Il faudra attendre John Glenn pour que les États-Unis placent enfin un homme en orbite autour de la Terre.
Friendship 7 : quatre heures sous tension
Le décollage a lieu depuis Cap Canaveral. La mission Mercury-Atlas 6 doit démontrer que l’Amérique maîtrise le vol orbital habité.
Après la première révolution terrestre, une alerte technique surgit : le système de pilotage automatique tombe en panne. John Glenn décide alors de passer en mode manuel.
Il assure personnellement les deuxième et troisième orbites.
Il pilote également la capsule durant la phase critique de réentrée atmosphérique.
Plus tard, il confiera :
La Guerre froide était bien réelle… il fallait rattraper notre retard.
Durant la mission, un signal ambigu laisse craindre un problème au niveau du bouclier thermique.
Si cette pièce venait à céder, la capsule serait détruite par les températures extrêmes de la réentrée.
La décision est prise d’écourter le vol. Initialement, sept orbites étaient envisagées.
La phase de descente est délicate. Les températures extérieures atteignent plusieurs milliers de degrés. Finalement, l’amerrissage se déroule sans incident majeur.
Les analyses techniques confirmeront qu’un problème existait bien au niveau du bouclier thermique.
John Glenn a littéralement frôlé la catastrophe.
Mais il revient sain et sauf. Et l’Amérique exulte.
Un héros national, symbole de la puissance américaine
À son retour, John Glenn est accueilli comme un héros national. Des défilés sont organisés.
L’astronaute devient un symbole vivant de la détermination américaine.
Il fait partie des célèbres « Mercury Seven », les pionniers du programme spatial habité.
Dans l’histoire de la NASA, il occupe une place singulière : celle de l’homme qui a restauré l’honneur américain en orbite.
Son engagement ne s’arrête pas là. Il entame ensuite une carrière politique.
Élu sénateur démocrate de l’Ohio, il siègera près de trente ans au Sénat des États-Unis. Il tentera également une candidature à la Maison-Blanche en 1984.
Mais son nom restera avant tout associé au 20 février 1962, au moment précis où les États-Unis ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec l’URSS dans la conquête spatiale.
En 1998, à 77 ans, il retourne dans l’espace à bord de la navette Discovery pour étudier les effets du vol spatial sur les personnes âgées.
Un record d’âge pour un astronaute américain.
John Glenn s’éteint en décembre 2016 à l’âge de 95 ans. Il demeure l’un des visages les plus emblématiques de la conquête spatiale américaine.
Son vol orbital n’a pas seulement marqué une étape scientifique. Il a renforcé la crédibilité stratégique des États-Unis.
Dans la course à l’espace, rien n’était anecdotique. Chaque lancement était un message envoyé au monde.
Le 20 février 1962, ce message était clair : l’Amérique ne se laisserait pas distancer.

