Règle d’or électrique : le grand tournant budgétaire

Mercredi 18 février 2026, lors de sa réunion de collégialité, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a acté une réforme majeure du système électrique.
Au cœur du dispositif : la modification de la délibération n° 195 du 5 mars 2012 relative au système électrique du territoire.
Une « règle d’or » pour en finir avec les dérives tarifaires
Depuis plus d’une décennie, la délibération encadre la fixation des tarifs publics de vente d’électricité.
Mais dans les faits, les prix n’ont pas toujours été alignés sur les coûts réels du système électrique.
Cette situation a mécaniquement généré des déséquilibres financiers.
La réforme adoptée vise donc à instaurer une véritable « règle d’or » : les tarifs devront désormais refléter les coûts réels de production, de transport et de distribution.
La mise en œuvre sera progressive, avec une application échelonnée jusqu’au 1er octobre 2026.
D’ici là, la Nouvelle-Calédonie devra continuer à prendre en charge le déficit courant résiduel du système électrique.
Autrement dit, le contribuable assumera encore une partie de l’ardoise pendant la phase transitoire.
Cette réforme marque un tournant : il ne sera plus possible de maintenir artificiellement des tarifs déconnectés de la réalité économique.
Une clarification jugée indispensable pour assurer la pérennité du modèle énergétique calédonien.
Une dette historique envers Enercal enfin reconnue
L’autre volet majeur concerne la « dette historique » due à Enercal, gestionnaire du réseau public de transport d’électricité.
Cette dette résulte de l’absence de revalorisation appropriée des tarifs de vente d’électricité avant le 1er octobre 2024.
En clair, les recettes n’ont pas couvert les charges réelles du système, créant un passif accumulé au fil des exercices.
Le montant de cette dette devra être arrêté par le gouvernement. Initialement, cette fixation devait intervenir avant le 30 septembre 2025.
Le texte prévoyait également un apurement intégral entre 2026 et 2029 inclus.
Chaque année, les versements à Enercal ne pouvaient être inférieurs à 20 % du montant total de la dette historique.
Ce mécanisme garantissait un remboursement progressif mais ferme. Il traduisait la volonté d’assainir durablement les finances du secteur électrique.
Cependant, le contexte budgétaire très dégradé de la Nouvelle-Calédonie a conduit l’exécutif à ajuster le calendrier.
Un report stratégique pour préserver le budget 2026
Compte tenu des contraintes financières actuelles, le gouvernement a décidé de différer d’un an le début du remboursement.
La date de fixation du montant de la dette est également repoussée. Le démarrage des paiements interviendra à compter du 30 septembre 2026.
Concrètement, le territoire économisera environ quatre milliards de francs sur l’exercice budgétaire 2026.
Cette décision s’explique par une double réalité. D’une part, la Nouvelle-Calédonie devra encore assumer en 2026 une fraction du déficit courant transitoire, le temps que la règle d’or produise pleinement ses effets.
D’autre part, Enercal concentrera en 2026 ses efforts sur les études d’ingénierie préalables aux investissements programmés en 2027.
La société n’aura besoin de ressources financières importantes qu’à partir du début de l’année 2027, pour commander les matériels et lancer les travaux.
Selon les éléments présentés, le décalage du remboursement n’aura donc aucune incidence sur la sécurité ni sur la continuité d’exploitation du système électrique.
Les investissements nécessaires pour garantir la stabilité du réseau ne seraient pas compromis par ce report.
Cette réforme intervient dans un contexte où la rigueur budgétaire n’est plus une option mais une nécessité.
Pendant trop longtemps, le rétablissement des équilibres a été différé. La mise en place d’une règle d’or et la reconnaissance formelle d’une dette historique traduisent un changement de méthode.
Le gouvernement assume désormais une logique de responsabilité : aligner les tarifs sur les coûts réels, identifier les dettes, planifier leur remboursement.
Il ne s’agit pas d’augmenter pour augmenter. Il s’agit de mettre fin à une gestion qui a laissé filer les déséquilibres.
Le système électrique est un pilier stratégique pour la Nouvelle-Calédonie. Sans stabilité financière, pas d’investissement. Sans investissement, pas de sécurité énergétique.
La réforme de la délibération n° 195 s’inscrit donc dans une trajectoire de redressement.
Elle rappelle une évidence : on ne peut pas durablement consommer à crédit sans en payer le prix.
Le calendrier est désormais fixé. Application progressive de la règle d’or jusqu’au 1er octobre 2026. Fixation du montant de la dette historique d’ici fin septembre 2026. Remboursement intégral entre 2027 et 2030, selon les modalités prévues.
L’électricité, bien essentiel, ne peut plus être l’angle mort de la discipline budgétaire.
En actant cette réforme, le gouvernement envoie un signal clair : la période des artifices tarifaires est révolue.
Reste désormais à appliquer strictement la règle d’or et à garantir que les erreurs du passé ne se reproduisent plus.

