Retraites : la bombe démographique vient d’exploser

En juin 2025, le Conseil d’orientation des retraites (COR) fondait ses projections sur les hypothèses démographiques centrales établies par l’Institut national de la statistique et des études économiques.
Mais le bilan démographique publié en janvier 2026 bouleverse la donne.
Le COR annonce déjà qu’un réexamen pourrait conduire à un diagnostic financier « significativement révisé » en juin prochain.
Autrement dit : la trajectoire des retraites françaises est à nouveau sous tension.
Des hypothèses démographiques déjà dépassées ?
Les projections du COR reposaient sur les données démographiques 2021 de l’Insee. Elles supposaient un allongement continu de l’espérance de vie. Elles retenaient une fécondité stable à 1,8 enfant par femme.
Elles anticipaient un solde migratoire de +70 000 personnes par an.
Ces hypothèses servaient de socle aux projections financières publiées en juin 2025. À réglementation inchangée, le COR estimait alors un déficit de -0,2 point de PIB en 2030. Et de -1,4 point de PIB en 2070.
Mais le bilan démographique 2026 s’écarte nettement de ces hypothèses. La fécondité s’établit désormais à 1,56 enfant par femme. Il s’agit du niveau le plus bas depuis 1917. Le solde naturel est devenu négatif : -6 000 personnes. Une première depuis 1945. Dans le même temps, le solde migratoire atteint +176 000 personnes.
Le décalage est majeur. Entre les hypothèses centrales de 2021 et la réalité constatée en 2025, l’écart est considérable. Le COR reconnaît lui-même que ces évolutions pourraient modifier son diagnostic financier.
Moins de naissances, moins de richesse, plus de pression
Si la fécondité devait rester durablement à 1,56 enfant par femme au lieu de 1,8 dans le scénario de référence, les conséquences seraient mécaniques.
À court terme, le ratio des dépenses de retraite dans le PIB resterait stable jusqu’au milieu des années 2040. Mais ensuite, il progresserait pour atteindre +0,6 point de PIB en 2070. Pourquoi ? Non pas parce que les pensions exploseraient. Mais parce que le PIB serait plus faible, en raison d’une population active réduite.
Moins d’actifs, c’est moins de cotisations. Moins de cotisations, c’est plus de pression sur le système. La question démographique redevient centrale.
Le COR rappelle que ses projections reposent aussi sur des hypothèses économiques : productivité à 0,7 % à partir de 2040. Taux de chômage stabilisé à 7 % dès 2032. Mais même avec ces paramètres, la démographie reste déterminante.
Sur la période 2018-2022, le solde migratoire a atteint +186 000 personnes par an.
Un niveau très supérieur aux +70 000 retenus dans le scénario central.
À court terme, cette immigration accrue améliore les ressources du système. Plus d’actifs, plus de cotisations. Mais à long terme, ces actifs deviennent aussi des retraités. L’effet positif immédiat tend donc à s’estomper.
La démographie n’est pas qu’une variable technique : elle est le cœur du modèle social.
Espérance de vie : l’autre variable explosive
Le COR souligne également la sensibilité des projections à l’évolution de l’espérance de vie.
Dans un scénario d’espérance de vie basse, la part des dépenses de retraite dans le PIB serait réduite de -0,6 point en 2045. Et de -1,2 point en 2070.
À l’inverse, une espérance de vie plus élevée accroîtrait cette part de +0,6 point en 2045. Et de +1,3 point en 2070.
Chaque variation démographique pèse lourd. Et le pilotage du système reste rigide. Les droits et pensions sont indexés sur les prix. Les règles actuelles ne prennent pas explicitement en compte les évolutions démographiques.
Le COR reconnaît d’ailleurs que le diagnostic à long terme est « délicat ». L’incertitude sur les hypothèses rend toute projection fragile. Un réexamen complet des hypothèses démographiques est prévu en avril 2026, avec l’appui de l’Insee. Le rapport annuel attendu en juin pourrait donc revoir significativement les perspectives financières.
Le débat sur les retraites n’est donc pas clos. Il se déplace. Il ne porte plus seulement sur l’âge légal ou la durée de cotisation. Il interroge désormais la vitalité démographique du pays.
Une nation qui ne renouvelle plus ses générations fragilise mécaniquement son système par répartition. Les chiffres sont publics. Ils sont établis par l’Insee. Ils sont repris par le COR.
Reste une certitude : les projections de 2025 pourraient ne plus être valables en 2026. Et le système de retraite français, déjà sous tension, devra affronter une réalité démographique plus rude que prévu.

