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Quand une manif pour du pain fait chuter un tsar

8 mars 2026 à 13:00
4 min de lecture
Quand une manif pour du pain fait chuter un tsar
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Deux manifestations, quelques slogans, et un empire millénaire vacille.
Le 8 mars 1917, une contestation sociale se transforme en séisme politique qui bouleverse l’histoire du XXe siècle.

Une manifestation pour le pain qui déclenche une révolution

Le 8 mars 1917, à Petrograd, capitale de l’Empire russe, une manifestation débute à l’occasion de la Journée internationale des femmes.
Au départ, rien ne laisse présager un bouleversement historique. Des ouvrières, des étudiants et des travailleurs défilent pour dénoncer les pénuries alimentaires et réclamer du pain.

La situation économique est catastrophique. La Première Guerre mondiale épuise la Russie, les transports sont désorganisés et l’approvisionnement en nourriture devient de plus en plus difficile. Quelques jours auparavant, la fermeture de l’énorme usine Poutilov avait déjà provoqué une vague de grèves.

Très vite, la mobilisation prend de l’ampleur. Les ouvriers rejoignent les cortèges et les slogans se radicalisent.
Dans les rues de Petrograd, la colère éclate : « À bas l’autocratie ! », crient les manifestants.

Ce mouvement marque le début de la Révolution de Février, appelée ainsi car la Russie utilise encore le calendrier julien, en retard de treize jours sur le calendrier occidental.

Pendant plusieurs jours, les manifestations se multiplient.
Les autorités impériales apparaissent incapables de reprendre le contrôle d’une capitale de plus en plus agitée.

Le 11 mars, la situation bascule. L’armée reçoit l’ordre de réprimer les manifestants. Les officiers commandent aux soldats de tirer sur la foule. La répression fait plusieurs dizaines de morts.

Mais ce bain de sang provoque l’effet inverse de celui recherché.

L’armée se retourne contre le tsar

La répression choque profondément les soldats russes. Beaucoup partagent les difficultés des manifestants : pénuries, fatigue de la guerre, désorganisation du pays.

Dès le lendemain, la discipline militaire commence à se fissurer.
Dans plusieurs régiments, les soldats refusent de tirer sur la population et se mutinent.

Certaines unités vont même jusqu’à ouvrir le feu sur la police impériale, accusée de tirer sur les civils.

En quelques jours, la situation devient incontrôlable pour le régime.
La garnison de Petrograd, forte d’environ 150 000 soldats, rejoint progressivement les insurgés.

Ouvriers et militaires s’unissent alors pour créer une nouvelle structure politique : le Soviet de Petrograd, un conseil composé de représentants des travailleurs et des soldats.

Dans le même temps, les députés socialistes de la Douma, le parlement russe, décident de soutenir ce mouvement révolutionnaire.

Un nouveau pouvoir commence à émerger au cœur même de la capitale.

Face à la paralysie du régime impérial, les responsables politiques cherchent une solution pour éviter l’effondrement total de l’État.

Le 15 mars 1917, des représentants de la Douma rencontrent le tsar Nicolas II au quartier général de l’armée à Pskov.

Acculé et isolé, le souverain prend une décision historique : il abdique.

Après plus de trois siècles de règne, la dynastie des Romanov disparaît du pouvoir.

Une démocratie fragile rapidement submergée par les bolcheviques

L’abdication de Nicolas II marque la fin de l’Empire russe. Un gouvernement provisoire est mis en place sous l’autorité du prince libéral Georgy Lvov, tandis que le Soviet de Petrograd exerce une influence croissante sur la vie politique.

La Russie entre alors dans une période d’euphorie politique. Beaucoup espèrent la naissance d’une république démocratique moderne, comparable aux régimes occidentaux.

Mais cette transition repose sur un équilibre extrêmement fragile.

D’un côté, le gouvernement provisoire veut poursuivre la guerre contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, aux côtés des alliés français et britanniques.

De l’autre, le Soviet de Petrograd réclame la paix immédiate, la redistribution des terres et un pouvoir accru pour les soldats et les ouvriers.

Le 27 mars 1917, un ordre célèbre, l’ordre numéro 1, autorise les soldats à élire des comités dans leurs unités.
Cette décision affaiblit considérablement la discipline militaire et fragilise encore l’effort de guerre.

Pendant ce temps, un acteur majeur prépare son retour en Russie : Vladimir Lénine.

En exil en Suisse, le chef des bolcheviques bénéficie de l’aide du gouvernement allemand, qui espère que son action déstabilisera la Russie.
Un train blindé est mis à sa disposition pour traverser l’Europe et rejoindre Petrograd.

Lénine arrive en Russie en avril 1917 et lance immédiatement une campagne radicale contre le gouvernement provisoire.

Son slogan est simple : « Tout le pouvoir aux soviets ».

Dans un pays épuisé par la guerre et plongé dans le chaos politique, ce discours séduit une partie croissante de la population.

Quelques mois plus tard, en octobre 1917, les bolcheviques renversent le gouvernement provisoire dirigé par Alexandre Kerenski.

La révolution prend alors une tournure beaucoup plus radicale.

La guerre civile éclate et les opposants au nouveau régime sont traqués.

En juillet 1918, l’ancien tsar Nicolas II, son épouse Alexandra, leurs cinq enfants et plusieurs membres de leur entourage sont exécutés par les bolcheviques à Ekaterinbourg.

La chute du tsarisme, déclenchée par les manifestations du 8 mars 1917, a ouvert la voie à l’un des régimes les plus totalitaires du XXe siècle.

Un siècle plus tard, la Révolution de Février rappelle une leçon historique souvent oubliée : les révolutions naissent souvent de revendications sociales légitimes, mais elles peuvent rapidement être récupérées par des forces politiques bien plus radicales.

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