Guillaume Bigot, député RN : «La bombe nucléaire n’appartient pas à l’Europe, mais à la France»

TRIBUNE. L’extension de la doctrine nucléaire, singularité stratégique française, fait courir le risque de la dilution de notre influence, estime le parlementaire lepéniste.
Guillaume Bigot 08/03/2026 à

Emmanuel Macron à l’île Longue (Finistère), le 2 mars. Le Telegramme / MAXPPP / © Lionel Le Saux
La dissuasion nucléaire n’est pas un outil stratégique parmi d’autres. Elle est la clef de voûte de notre puissance, de notre indépendance, et l’un des fondements de notre siège permanent au Conseil de sécurité. Depuis soixante ans, une règle intangible la gouverne : la décision nucléaire ne se partage pas. En réaffirmant à l’île Longue le caractère souverain de cette décision, Emmanuel Macron a voulu rassurer. Le vice européiste et fédéraliste de notre président a rendu un hommage forcé par la Constitution à la vertu nationale et souverainiste de notre dissuasion.
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Cette « dissuasion avancée », censée étendre la protection nucléaire française à huit partenaires, révèle involontairement l’impuissance de l’Union européenne en matière de défense. Car que voit-on ? Une coopération atomique dite « européenne » élaborée avec Londres – qui a quitté l’UE – et une poignée de volontaires réunis dans un cadre ad hoc contournant les institutions européennes. Preuve éclatante qu’il n’existe ni défense européenne intégrée, ni souveraineté stratégique commune. L’Europe est invoquée ; elle n’est pas structurée.
Glissement dangereux
Sur le fond, la nouveauté est largement exagérée. En 1964, le général de Gaulle constatait déjà que la France devrait « se sentir menacée dès que les territoires de l’Allemagne fédérale et du Benelux seraient violés ». Nos intérêts vitaux n’ont jamais été strictement confinés à nos frontières. Mais de Gaulle étendait le parapluie : il ne partageait pas la clé. La décision restait nationale, solitaire, souveraine.
La dissuasion française n’a pas vocation à devenir un instrument d’intégration européenne ni un outil d’affichage politique
Aujourd’hui, le glissement est ailleurs : association à des exercices sensibles, signalement coordonné, projection éventuelle de Rafale nucléaires en Pologne ou en Allemagne. Militairement, l’apport est discutable : nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins assurent déjà la crédibilité par leur furtivité. Politiquement, en revanche, la portée est considérable. Car déployer des Rafale équipés d’armes nucléaires en Pologne ou en Allemagne, c’est renforcer gracieusement la sécurité de ces deux pays. Et pour quelles contreparties ? Berlin, à qui l’on offrirait une fenêtre sur la doctrine nucléaire française, bloque depuis des années le programme Scaf, le Système de combat aérien du futur. La France ouvrirait l’antichambre de sa souveraineté la plus intime à un partenaire qui refuse de construire avec elle l’avion appelé à porter demain nos bombes. La même Allemagne qui se rapproche de Rome dans une logique d’axe continental marginalisant Paris. À ce niveau de déséquilibre, la générosité stratégique n’est plus une vertu : c’est une faute.
Le nucléaire, un atout décisif pour la France
Soyons lucides : l’objectif implicite est de rassurer Berlin et Varsovie, inquiètes de la menace russe et de l’incertitude américaine, afin de les dissuader de se doter elles-mêmes de l’arme nucléaire. Si l’Allemagne ou la Pologne franchissaient ce seuil, la France perdrait sa singularité stratégique en Europe. Son rang serait relativisé. Mais on ne protège pas son statut en diluant son atout décisif. Ceux qui ont étudié la construction européenne reconnaîtront la méthode. Jean Monnet parlait d’engrenage et de petits pas. Le marché commun a appelé la monnaie unique ; la monnaie unique a appelé la discipline budgétaire ; chaque concession paraissait raisonnable prise isolément, l’ensemble constituant un transfert massif jamais pleinement assumé. Emmanuel Macron semble vouloir appliquer cette mécanique à la dissuasion : exercices communs aujourd’hui, planification concertée demain, consultation élargie après-demain. On accoutume d’abord ; on associe ensuite ; on partage enfin – toujours « dans le plein respect de notre souveraineté ».
La coordination stratégique est légitime. Le dialogue l’est aussi. Mais la dissuasion française n’a pas vocation à devenir un instrument d’intégration européenne ni un outil d’affichage politique. La ligne bleu, blanc, rouge défendue par le RN en matière de dissuasion est simple : pas de codécision, pas de cofinancement conditionnant l’emploi, pas de mécanisme institutionnel affaiblissant la stricte maîtrise nationale de notre arme. La bombe n’appartient pas à l’Europe. Elle n’appartient qu’à la France.

