Magenta ou Tontouta : l’UC-FLNKS rattrapée par ses choix

Deux décisions politiques. Deux réalités contradictoires. Et au milieu, une compagnie aérienne clouée au sol et des dizaines de millions qui s’évaporent.
Une proposition de vœu pour revenir sur le transfert vers La Tontouta
Le 6 mars 2026, plusieurs élus du groupe UC-FLNKS et nationalistes ont déposé sur le bureau du Congrès de la Nouvelle-Calédonie une proposition de vœu demandant le maintien des vols domestiques d’Air Calédonie à l’aéroport de Nouméa Magenta.
Le texte est porté par Pierre-Chanel Tutugoro, Omeyra Naisselinet et Inès Kouathe, qui demandent au gouvernement local de réexaminer la décision de transférer les opérations de la compagnie vers l’aéroport international de La Tontouta.
Dans leur argumentaire, les auteurs du vœu rappellent que la desserte aérienne intérieure constitue un service d’intérêt général essentiel, indispensable au désenclavement des îles et à la continuité territoriale du territoire.
Ils soulignent également que l’aéroport de Nouméa Magenta est historiquement dédié aux vols domestiques, et qu’il offre proximité et accessibilité aux usagers.
Dans ce contexte, le vœu demande officiellement au gouvernement d’étudier toutes les alternatives permettant de maintenir les vols domestiques à Magenta, tout en réalisant une évaluation transparente des impacts économiques et sociaux.
Mais derrière cette démarche politique se cache une contradiction majeure que personne ne peut ignorer.
Une décision initialement prise par les responsables indépendantistes
Car la réalité politique est têtue : la décision de transférer les opérations d’Air Calédonie vers La Tontouta n’est pas tombée du ciel.
Elle a été actée par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie lui-même, dans un contexte de crise financière profonde de la compagnie domestique.
Or, à cette époque, la compétence du transport aérien domestique était déjà pilotée par des responsables issus du camp indépendantiste, notamment au sein du gouvernement collégial.
Parmi eux figurait Gilbert Tuyiénon, membre du gouvernement en charge des transports, qui avait travaillé sur cette orientation avec l’exécutif local.
À la tête du 17e gouvernement se trouvait alors Louis Mapou.
C’est dans ce cadre politique que le transfert des activités d’Air Calédonie vers l’aéroport international de La Tontouta a été décidé, avec l’objectif de rationaliser les infrastructures et de réduire les coûts.
Autrement dit, les responsables politiques qui dénoncent aujourd’hui cette orientation sont issus du même courant politique que ceux qui l’ont validée.
Une situation qui interroge sur la cohérence des positions défendues aujourd’hui devant l’opinion publique.
Car une formation politique responsable doit penser à l’avenir du territoire, et non uniquement à la pression du moment ou aux échéances électorales.
Dire la vérité aux citoyens fait aussi partie du courage politique.
Blocages dans les îles : Air Calédonie perd des millions
Pendant ce temps, la crise continue de s’aggraver sur le terrain.
Depuis le lundi 2 mars 2026, les ATR-72 d’Air Calédonie stationnent à La Tontouta mais restent cloués au sol.
Les comités de coordination maintiennent leurs blocages dans plusieurs aérodromes des îles Loyauté et à l’Île des Pins, empêchant les avions d’atterrir.
Résultat : les vols domestiques sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.
Pour la compagnie, la situation devient critique.
Car si les avions ne volent plus, les charges continuent de tomber.
Il faut toujours payer :
les salaires du personnel ;
la maintenance et la sécurité des appareils ;
les coûts d’exploitation des infrastructures.
Selon plusieurs estimations internes, les pertes se chiffrent déjà en dizaines de millions de francs.
Une équation financière particulièrement dangereuse pour une compagnie déjà fragilisée depuis plusieurs années.
Le paradoxe est donc total : des avions immobilisés, des passagers bloqués et une entreprise qui continue de brûler du cash chaque jour.
Pendant ce temps, le débat politique se déplace désormais au Congrès.
Mais une chose est certaine : la continuité territoriale de la Nouvelle-Calédonie ne peut pas devenir l’otage des contradictions politiques.
Car au final, ce sont les habitants des îles, les entreprises locales et les contribuables calédoniens qui paient l’addition.

