Je me réveille... l'île des Pins se libère, et Aircal plonge

Je me suis réveillé.
Et j’ai compris qu’en Nouvelle-Calédonie, même quand ça bouge, rien n’est jamais simple.
D’abord, au Congrès, les élus ont prolongé la continuité pays jusqu’à la fin de l’année.
Officiellement, c’était technique.
En vrai, tout le monde parlait surtout d’Air Calédonie.
Et là, l’ambiance n’était pas franchement « ciel dégagé ».
On a même appris qu’au conseil d’administration, la question du dépôt de bilan serait sur la table.
Tranquille.
Pendant que certains essaient encore de savoir comment sauver la compagnie, d’autres rappellent qu’une desserte aérienne, ce n’est pas juste une ligne sur un budget.
C’est ce qui empêche un territoire de finir en puzzle.
Puis il y a eu la bonne nouvelle du jour.
L’aérodrome de l’île des Pins a finalement été libéré.
Donc après des semaines de blocage, on redécouvre qu’un avion qui atterrit, c’est parfois plus utile qu’un barrage qui dure.
Apparemment, quand les urgences vitales s’accumulent, que les hôtels coulent et que l’économie suffoque, l’idée du déblocage commence soudain à paraître un peu plus lumineuse.
Ensuite, j’ai regardé Paris.
Et là, j’ai vu que le projet de loi constitutionnelle sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie s’était fait démonter en commission des lois.
La gauche et le RN ont repoussé les articles du texte qui traduit Bougival et Élysée-Oudinot.
Autrement dit, pendant qu’ici tout le monde demande de la visibilité, là-haut on continue les postures.
Avec au menu : report des provinciales contesté, corps électoral toujours explosif, et députés qui parlent de démocratie tout en expliquant tranquillement qu’on peut encore faire voter une Calédonie amputée d’une partie de ses habitants.
L’élégance républicaine, version puzzle.
Au passage, le monde économique a sorti la phrase la plus simple et la plus brutale du moment : sans visibilité, pas de reprise.
En gros, 90 % des entreprises disent la même chose.
Pas de cadre stable, pas de relance durable.
Mais rassurez-vous, il y aura sûrement encore quelqu’un pour expliquer que l’incertitude, c’est un projet.
Heureusement, l’État a sorti son gros dossier du jour : le plan de refondation.
240 milliards sur cinq ans.
64 premiers projets pris en charge à 100 %.
Reconstruction, nickel, redémarrage, méthode, calendrier.
Sur le papier, ça ressemble à un vrai plan.
Dans la vraie vie, on verra surtout si ça reconstruit plus vite que ça ne communique.
Et comme la Calédonie adore finir ses journées avec un mélange d’angoisse, d’espoir et de sport, Aujourd'hui les Cagous affrontent la Jamaïque à 14 heures au Mexique. 50 000 personnes annoncées dans le stade.
Rien que ça.
Donc pendant qu’une partie du pays cherche encore son modèle institutionnel, l’autre va essayer de décrocher un rendez-vous avec l’histoire.
Moi, ce que j’ai retenu, c’est qu’on a une compagnie aérienne au bord du vide, un texte politique qui patine à Paris, un plan de refondation à 240 milliards, une île des Pins qui respire enfin un peu, et un match qui peut faire vibrer tout le territoire.
Bref.

