Le jour où Israël a bouleversé le Proche-Orient

Le 6 juin 1982, Israël prend une décision stratégique majeure en déclenchant l’opération « Paix pour la Galilée ». Après les guerres victorieuses de 1967 et de 1973, l’État hébreu entend neutraliser une menace persistante : les bases de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) installées au Liban. Cette offensive militaire, menée dans un contexte régional explosif, va profondément redessiner les rapports de force au Proche-Orient.
Une guerre civile libanaise qui ouvre la voie à l’intervention
Depuis 1975, le Liban est plongé dans une guerre civile d’une violence extrême. L’assassinat d’un proche du chef chrétien Pierre Gemayel agit comme un élément déclencheur. En quelques heures, des représailles sanglantes plongent le pays dans un chaos durable. Ce conflit interne oppose une mosaïque de communautés religieuses et politiques au sein d’un État déjà fragilisé.
Dans ce contexte de désintégration, les combattants palestiniens trouvent refuge au Liban, transformant certaines zones en véritables bases militaires. Pour Israël, cette situation devient intenable. Les tirs réguliers visant le nord du pays alimentent une pression sécuritaire croissante.
Le gouvernement de Menahem Begin considère alors que l’effondrement du Liban constitue une opportunité stratégique. L’objectif est clair : frapper fort afin d’éliminer durablement la menace palestinienne. Cette lecture sécuritaire, assumée et revendiquée, s’inscrit dans une logique de défense nationale ferme, loin des hésitations diplomatiques.
L’opération « Paix pour la Galilée » : une offensive massive
Le 6 juin 1982, environ 60 000 soldats israéliens franchissent la frontière libanaise. L’opération est orchestrée par Ariel Sharon, alors ministre de la Défense. Officiellement, il s’agit de repousser les forces de l’OLP à plus de 40 kilomètres de la frontière israélienne.
Mais très rapidement, l’ampleur de l’intervention dépasse ce cadre initial. L’armée israélienne progresse rapidement, neutralise des positions syriennes et atteint les abords de Beyrouth. En quelques semaines, le rapport de force militaire est totalement renversé.
Le siège de Beyrouth, marqué par des bombardements intensifs, dure près de deux mois. Sous pression, les combattants palestiniens finissent par quitter la capitale libanaise. Yasser Arafat et ses forces se replient vers Tunis à la fin du mois d’août 1982.
Sur le plan strictement militaire, l’objectif est atteint : l’OLP est expulsée du Liban. Mais cette victoire tactique masque une réalité plus complexe. Israël s’enlise progressivement dans un conflit asymétrique face à des acteurs locaux déterminés.
Une victoire militaire ternie par une crise politique et morale
Malgré ses succès militaires, Israël sort affaibli sur le plan diplomatique. L’assassinat du président libanais Béchir Gemayel en septembre 1982 plonge la région dans une nouvelle phase de tension.
Dans la foulée, les massacres de Sabra et Chatila choquent l’opinion internationale. Ces violences, commises par des milices chrétiennes alliées, se déroulent dans un contexte où l’armée israélienne contrôle la zone. Leur impact médiatique est immense et ternit durablement l’image d’Israël à l’étranger.
Parallèlement, un nouvel acteur émerge : le Hezbollah. Soutenu par l’Iran, ce mouvement chiite va progressivement s’imposer comme une force majeure au Liban. L’objectif initial d’éradication de la menace se transforme alors en une nouvelle configuration sécuritaire plus complexe.
L’armée israélienne reste engagée au Liban pendant près de deux décennies. Ce n’est qu’en mai 2000 qu’elle se retire du Sud-Liban, après une présence militaire longue et coûteuse.
(Crédit photo : Getty - Roland NEVEU/Gamma-Rapho)

