Hitler devait mourir… tout a basculé

Deux explosions ont changé le cours de l’Histoire : celle de la bombe… et celle de l’échec du complot.
Le 20 juillet 1944, Hitler frôle la mort. Quelques centimètres et quelques minutes suffisent à faire basculer le destin de l’Allemagne nazie.
Un complot militaire pour renverser Hitler
À l’été 1944, alors que l’Allemagne nazie accumule les revers militaires, plusieurs officiers supérieurs considèrent que le régime conduit le pays à la catastrophe. Leur objectif n’est pas d’instaurer une démocratie parlementaire, mais de remplacer Hitler par un pouvoir conservateur capable de négocier avec les Alliés occidentaux.
Parmi les figures du complot figurent Ludwig Beck, ancien chef d’état-major, Hans Speidel et surtout Claus von Stauffenberg, officier aristocrate de 36 ans devenu l’âme opérationnelle de la conspiration.
Marqué par les exactions commises à l’Est et convaincu que le Führer mène l’Allemagne à sa perte, Stauffenberg estime qu’une seule solution demeure : éliminer Hitler physiquement. Malgré ses convictions religieuses, il considère l’assassinat comme un mal nécessaire pour mettre fin à la dictature nazie.
Nommé chef d’état-major de l’armée de réserve en juillet 1944, il bénéficie d’un accès privilégié aux réunions stratégiques organisées au quartier général d’Hitler, la célèbre Wolfsschanze, ou « Tanière du Loup », située en Prusse-Orientale.
La bombe explose, mais Hitler survit miraculeusement
Le 20 juillet 1944, tout semble réuni pour réussir l’opération. Une réunion militaire est programmée au quartier général d’Hitler. En raison de la chaleur estivale et d’une visite imminente de Benito Mussolini, la conférence est avancée et déplacée dans un bâtiment en bois plutôt que dans le bunker habituel.
Stauffenberg parvient à introduire une valise contenant des explosifs dans la salle de réunion. Il la place à proximité immédiate d’Hitler avant de quitter discrètement les lieux sous prétexte de passer un appel.
Mais un détail va tout changer.
Un officier déplace la valise, gêné par son emplacement. Celle-ci se retrouve alors de l’autre côté du massif pied de table en chêne qui sépare désormais l’explosif du Führer.
À 12 h 42, l’explosion dévaste la pièce. Les fenêtres volent en éclats, le toit est soufflé et plusieurs participants sont tués ou grièvement blessés. Pourtant, contre toute attente, Hitler survit.
Le dictateur s’en sort avec des brûlures, des blessures légères et un bras temporairement paralysé. La structure en bois du bâtiment, qui laisse échapper une partie de l’onde de choc, contribue également à limiter les dégâts.
Persuadé d’avoir réussi, Stauffenberg quitte immédiatement la Prusse-Orientale pour Berlin afin de déclencher le soulèvement prévu par les conjurés.
Une répression implacable après l’échec de l’attentat
Le plan reposait sur une certitude : la mort d’Hitler. Or, lorsque Stauffenberg arrive à Berlin plusieurs heures plus tard, les conspirateurs hésitent encore. L’absence de confirmation formelle bloque le déclenchement de l’insurrection.
Pendant ce temps, Joseph Goebbels reprend l’initiative. Dès 18 h 30, la radio allemande annonce que le Führer a survécu à un attentat. Les officiers qui avaient commencé à se mobiliser à Prague ou à Vienne abandonnent aussitôt leurs actions.
Heinrich Himmler prend rapidement le contrôle de la situation. Dans la nuit, Stauffenberg et plusieurs responsables du complot sont arrêtés puis fusillés. Le général Beck est contraint au suicide.
La vengeance du régime ne fait alors que commencer.
Des milliers de suspects sont arrêtés par la Gestapo. Les procès organisés devant le Tribunal du Peuple, dirigé par le redouté Roland Freisler, se transforment en véritables mises en scène destinées à humilier les accusés avant leur exécution.
L’ancien chef des services de renseignement allemands, Wilhelm Canaris, est arrêté puis exécuté en avril 1945 au camp de Flossenbürg. Quant au maréchal Erwin Rommel, dont les liens avec certains conspirateurs suscitent les soupçons, il est contraint au suicide le 14 octobre 1944 et bénéficie ensuite de funérailles nationales afin de préserver son image auprès de la population.
Selon les estimations généralement retenues par les historiens, environ 7 000 personnes sont arrêtées après l’attentat et près de 5 000 perdent la vie dans la répression.
L’échec de l’opération Walkyrie marque ainsi la dernière grande tentative allemande de renverser Hitler. Survivant à la bombe, le dictateur poursuit la guerre jusqu’à l’effondrement total du IIIᵉ Reich, entraînant l’Allemagne dans les derniers mois d’un conflit déjà perdu.
(Crédit photo : picture-alliance / dpa/dpaweb)

