«Ingérences étrangères» : la grande hypocrisie du système

DEUX POIDS, DEUX MESURES. De Musk à Obama en passant par Lula, l’ingérence étrangère indigne surtout lorsqu’elle profite au « mauvais camp ».
Sébastien Lignier19/07/2026

Elon Musk, Barack Obama, Luiz Inacio da Silva. © SIPA / ABACA
Un tweet. Huit mots. « Elle est le dernier espoir de la France. » Musk préfère la frontalité aux précautions de langage. Ce 15 juillet, c’est par cette sentence lapidaire que le milliardaire américain adoube Marine Le Pen sur X, le réseau social dont il est l’unique propriétaire depuis l’automne 2022. Il n’en fallait pas plus pour voir se dresser, dans une curieuse synchronie, le bloc central et LFI. Deux camps animés par une même volonté de saisir la moindre occasion d’entraver la dynamique sondagière de la candidate du RN. Le stratagème ne brille pas par son originalité : délégitimer la proposition mariniste en agitant, comme ce fut le cas lors des scrutins de 2017 et 2022, le spectre de ses supposées affinités avec des régimes étrangers.
À lire aussiIngérences : la justice renforce son arsenal de répression
Pour en finir avec ces procès en accointances, Le Pen et Bardella ont entrepris de redessiner les contours de leur ligne diplomatique. La réélection de Trump a ainsi été accueillie avec une prudence calculée, et consigne a été passée cette semaine de s’abstenir de tout enthousiasme après le commentaire signé Musk.
« Il est un spécialiste des ingérences étrangères. Il fera tout pour la faire gagner et mettra sa fortune à son service, comme il l’a fait avec Trump », fustige pourtant la députée LFI Clémence Guetté. Une charge qui omet toutefois un détail important : le cerveau derrière SpaceX et Tesla n’exerce plus aucune fonction officielle au sein de l’administration Trump depuis mai 2025. Nathalie Loiseau, eurodéputée Renew et présidente de ladite « commission spéciale sur le bouclier européen de la démocratie », lui emboîte le pas et dénonce la prise de position de « l’homme qui bafoue les lois européennes et soutient les partis les plus extrémistes partout en Europe ». Le politique est décidément passé maître dans l’art de l’amnésie sélective.
Retour en 2017, au lendemain du débat de l’entre-deux-tours opposant Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Barack Obama décide de s’immiscer dans la campagne française. L’ancien président américain apporte publiquement son soutien à l’ex-ministre de l’Économie de François Hollande. « En Marche ! Et vive la France ! » lance-t-il dans une vidéo diffusée sur le compte personnel de Macron. L’initiative ne soulève guère d’indignation dans les rangs de ceux qui dénoncent aujourd’hui les ingérences venues d’ailleurs. Bien au contraire. Les marcheurs de la première heure accueillent chaleureusement le soutien de cette figure planétaire influente venue apporter son aura à quelques jours seulement du scrutin décisif.
En 2022, 320 personnalités étrangères signent une tribune collective en faveur du candidat insoumis
Ingérence étrangère ou simple marque d’amitié ? La question pourrait être posée à l’infini tant la première campagne présidentielle d’Emmanuel Macron s’est accompagnée d’une longue procession de soutiens internationaux. C’est simple : tout ce que le Vieux Continent compte de dirigeants et de figures institutionnelles semble alors se ranger derrière le candidat français, dans une version européenne du front républicain tricolore. Citons, pêle-mêle : la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre belge Charles Michel, le chef du gouvernement grec Alexis Tsipras, le Danois Lars Lokke Rasmussen, l’Irlandais Enda Kenny… Même Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, s’affranchit sciemment du devoir de neutralité de l’institution bruxelloise. « Il s’agissait simplement de choisir entre la défense de ce que l’Europe incarne et l’option qui vise la destruction de l’Europe », justifiera ensuite son porte-parole.
Le tango se répète sur la même mesure cinq ans plus tard. Le chancelier allemand Olaf Scholz, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et son homologue portugais Antonio Costa se joignent à la danse. Puis vient l’ex-président brésilien Lula – qui retrouvera le palais de l’Aurore quelques mois plus tard –, appelant à son tour à battre « l’extrême droite », après avoir farouchement soutenu Jean-Luc Mélenchon au premier tour. La France insoumise n’est d’ailleurs pas insensible à ces appuis étrangers en période électorale. En 2022, 320 personnalités étrangères signent une tribune collective en faveur du candidat insoumis. Parmi elles, dix anciens chefs d’État sud-américains, dont l’Équatorien Rafael Correa, condamné à huit ans de prison pour corruption en 2020. Mais aussi plusieurs ministres alors en exercice (Espagne, Mexique…), ou encore un certain Jeremy Corbyn, ancien patron du Parti travailliste britannique, lâché par ses propres ouailles à cause de son antisémitisme patent.

