Ingérences azerbaïdjanaises : trois députés ultramarins réclament « une réponse ferme » de la France

Dans un courrier adressé lundi 20 juillet au ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le député de la Nouvelle-Calédonie Nicolas Metzdorf, cosignataire avec les députés de la Polynésie française Moerani Frebault et Nicole Sanquer, dénonce les dernières déclarations du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev sur les outre-mer français. Les trois parlementaires demandent à Paris de dépasser le stade des condamnations verbales.
À l'origine de ce courrier, les propos tenus le 13 juillet par le chef de l'État azerbaïdjanais lors d'une conférence. Ilham Aliyev, que les signataires qualifient sans détour de « dictateur azerbaïdjanais », y a affirmé son soutien à « l'indépendance » de territoires ultramarins français, allant jusqu'à qualifier ces derniers de « colonies ». Une sortie que les trois députés considèrent comme « une énième ingérence flagrante envers nos outre-mer » et, plus largement, comme « une insulte envers la France ».
Une stratégie d'ingérence qui dure depuis plus de trois ans
Pour les signataires, cette déclaration n'a rien d'un dérapage isolé. « Ilham Aliyev lui-même n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il a déjà tenu des propos similaires en 2025 », rappellent-ils, avant d'élargir le constat : « Les ingérences azerbaïdjanaises ne se limitent pas uniquement aux déclarations publiques. La liste est longue et Bakou orchestre depuis plus de 3 ans une véritable opération contre la souveraineté française en outre-mer. »
Depuis les émeutes de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie, les autorités françaises ont régulièrement pointé le rôle du Groupe d'initiative de Bakou, structure créée par l'Azerbaïdjan pour appuyer les mouvements indépendantistes des territoires ultramarins, sur fond de contentieux entre Paris et Bakou lié au soutien français à l'Arménie.
Les députés opposent par ailleurs la situation des outre-mer à celle du Haut-Karabagh : « Contrairement au Haut-Karabagh, nos territoires ont eux choisi librement la France dans le respect du droit international. C'est ce même droit international que l'Azerbaïdjan bafoue sciemment depuis des décennies au Haut-Karabakh », écrivent-ils.
« Les déstabilisations ne peuvent plus demeurer impunies »
Au-delà de l'indignation, le courrier se veut un appel à l'action. « Les déstabilisations et les ingérences à répétition de l'Azerbaïdjan envers nos territoires ne peuvent plus demeurer impunies et être limitées à de simples condamnations. Nous vous appelons donc solennellement à mettre en œuvre une réponse ferme », demandent les trois élus au ministre.
Les signataires y voient un enjeu qui dépasse le seul cas azerbaïdjanais. « Les territoires ultramarins ne peuvent demeurer des terrains fertiles aux ingérences, il en va de la souveraineté de la France », insistent-ils, avant de mettre en garde : « Derrière l'Azerbaïdjan, d'autres puissances tapis dans l'ombre regardent nos territoires avec intérêts. La réponse de la France doit donc servir d'exemple pour toutes ces puissances qui déstabilisent et fantasment sur nos territoires. »
Reste à savoir quelle suite le Quai d'Orsay donnera à cette interpellation. En attendant, la démarche illustre une convergence entre élus calédoniens et polynésiens face à une offensive diplomatique qui vise, depuis trois ans, l'ensemble des outre-mer français.
