TEIN et la CCAT ont fait exploser l'union indépendantiste

À cinq jours du scrutin du 28 juin, l'USTKE a diffusé ses consignes de vote. Derrière l'appel à la mobilisation, les choix du syndicat de Mélanie Atapo dressent surtout le constat d'un camp indépendantiste fracturé comme jamais. Et renvoient à la grande responsable de cette déflagration : la prise du FLNKS par Christian Téin et la CCAT.
Un appel au vote, trois consignes qui se contredisent
Membre du « nouveau » FLNKS depuis août 2024, l'USTKE appelle ses militants à un vote massif et désigne trois listes à soutenir : en province Sud, « Kanaky pour tous » conduite par Johanito Wamytan, la liste officielle du Front ; aux Îles Loyauté, « Union pour construire des consensus » de Jacques Lalié ; en province Nord, « Alternative Nord pour un pays souverain » d'Eugène Menrempon. Sur le papier, un appel de rassemblement. Dans les faits, deux de ces trois choix se retournent contre les candidats officiels du FLNKS.
Au Nord et aux Îles, le syndicat tourne le dos au Front
En province Nord, la liste UC-FLNKS officielle est conduite par Pascal Sawa, maire de Houaïlou. L'USTKE l'ignore et lui préfère Menrempon, dissident du Palika porté par le Parti travailliste et la Dynamik unitaire Sud. Aux Îles, la liste officielle du Front revient à Mickaël Forrest, membre du gouvernement et négociateur de Bougival. Là encore, le syndicat passe son chemin et adoube Lalié, l'ancien président de province qui repart justement cette année sans l'investiture de l'UC-FLNKS. Autrement dit, l'USTKE n'épouse la ligne du Front qu'en province Sud et lui tourne le dos dans les deux autres. Difficile de trouver symptôme plus net d'un mouvement qui ne parle plus d'une seule voix.
Le Front de Bichou n'aligne même plus ses propres troupes
Cette dispersion n'a rien d'un accident : elle est l'aboutissement logique d'une séquence ouverte à l'été 2024. En portant Christian TEIN, alors détenu à Mulhouse, à la tête du FLNKS, et en consacrant la CCAT comme composante à part entière, le congrès de Koumac d'août 2024 a fait voler en éclats l'unité du Front. Le Palika et l'UPM ont suspendu leur participation, avant que le Palika ne claque définitivement la porte en novembre 2025, après quarante et un ans de compagnonnage. Résultat : l'UNI part désormais seule partout, Louis Mapou au Sud, Paul Néaoutyine au Nord, Wali Wahetra aux Îles, face aux listes qui revendiquent l'étiquette FLNKS. L'union que les indépendantistes ne cessent de réclamer a tout simplement disparu des bulletins.
Même l'opposition à Bougival ne rassemble plus
La fracture autour de l'accord de Bougival a fait le reste, et elle ne s'arrête pas aux frontières des partis : elle les traverse. Le FLNKS de TEIN a rejeté le texte de aout 2025. Mais dans le camp d'en face, le Palika qui l'a signé est lui aussi déchiré : Paul Néaoutyine, tête de liste UNI au Nord, s'est opposé frontalement à Bougival, désavouant les mandataires de son propre parti. Au point que les « bougivalistes » Jean-Pierre Djaïwé et Victor Tutugoro ont été écartés de la liste. Quand les pro et les anti-Bougival ne s'entendent ni entre camps ni à l'intérieur de leurs propres rangs, il ne reste plus grand-chose de l'unité affichée.
Le non-lieu n'efface pas la facture politique
Christian TEIN ressort certes judiciairement soulagé : début juin, les juges d'instruction parisiens ont prononcé un non-lieu général dans le dossier de la CCAT, écartant notamment la thèse insurrectionnelle faute de charges suffisantes. Mais le parquet de Paris a fait appel, la décision n'est donc pas définitive, et surtout, la page judiciaire ne remonte pas l'horloge politique. C'est bien la reconnaissance de la CCAT et l'intronisation de TEIN qui ont chassé du Front ses partenaires historiques. Le soulagement d'un homme ne reconstruit pas une coalition.
Le 28 juin, la division a un coût mécanique
Et cet éparpillement pourrait coûter cher. Pour décrocher un siège, chaque liste doit franchir 5 % des inscrits, soit plus de 6 500 voix, dans un corps électoral élargi à près de 192 000 électeurs. Multipliez les listes indépendantistes dans une même province, et vous risquez mécaniquement de disperser le vote sous ce seuil, et d'offrir des sièges aux loyalistes de Sonia Backès. Johanito Wamytan lui-même a tiré la sonnette d'alarme dans ses meetings. Le paradoxe est total : lancée au nom d'une ligne plus radicale et plus unie, la prise du Front par TEIN et la CCAT débouche, le 28 juin, sur la pire division que le camp indépendantiste ait connue depuis des décennies.
