La France décroche

Résumé IA
Croissance nulle au printemps en France, avec une prévision 2026 revue à 0,4 %, loin derrière l'Allemagne et l'Espagne. L'Insee prévoit 52 000 destructions d'emplois salariés, un chômage à 8,6 % et un pouvoir d'achat des ménages en recul de 0,4 %, pénalisés par la chaleur et la prudence budgétaire des communes.
Zéro croissance au printemps, un chômage qui grimpe, des ménages qui s'appauvrissent.
Pendant que Berlin et Madrid repartent de l'avant, Paris fait du surplace.
Un printemps à l'arrêt, l'Insee lui-même pris de court
L'Insee n'a pas choisi son titre au hasard. Sa Note de conjoncture, publiée le 10 septembre 2026, s'intitule « Vigilance orange sur la croissance ». Le verdict tient en un chiffre : 0,4 % de croissance en 2026, une prévision revue nettement à la baisse.
Après +0,9 % en 2025, le rythme est donc divisé par plus de deux.
L'année avait déjà mal commencé, avec un PIB en recul de 0,2 % au premier trimestre. Au printemps, rien. 0,0 %.
En juin, les statisticiens tablaient pourtant sur +0,3 % pour le deuxième trimestre. Une croissance nulle ? Leur propre scénario lui donnait moins de 15 % de chances de se produire. C'est pourtant ce qui est arrivé.
Presque toutes les branches ont déçu. L'industrie manufacturière n'a progressé que de 0,3 %, soit moins de la moitié de ce qui était attendu. La construction a reculé de 0,6 % au lieu de se stabiliser, et les services marchands ont végété. Quant à l'agriculture, écrasée par la chaleur, sa valeur ajoutée a plongé de 3,1 %.
Mais le plus cruel, c'est la comparaison. Sur un an, au deuxième trimestre, le PIB français n'avance que de 0,5 %. L'Allemagne et l'Italie font deux fois mieux. L'Espagne, avec +2,7 %, plus de cinq fois mieux.
Sur l'ensemble de l'année, la croissance française serait trois fois inférieure à celle de ses voisins de la zone euro comme à celle du Royaume-Uni. L'Insee enfonce le clou : la France serait la seule grande économie avancée où l'activité ralentirait nettement en 2026.
L'excuse du contexte international ne tient pas
Guerre au Proche-Orient, détroit d'Ormuz bloqué, baril autour de 90 dollars, inflation repartie à la hausse partout dans le monde. Le choc est planétaire. Tous les pays l'encaissent.
Tous ne calent pas pour autant.
Les quatre grandes économies de la zone euro, prises ensemble, ont progressé de 0,3 % au printemps. L'Allemagne se réveille enfin et accélérerait à +1,0 % sur l'année, portée par la vigueur de ses dépenses publiques, son fameux « bazooka » budgétaire, et par la reprise de ses exportations. L'Espagne file à +2,6 %. De l'autre côté de l'Atlantique, les États-Unis tiennent un rythme de 2,1 %.
Pour expliquer cette divergence, l'Insee avance plusieurs facteurs. Ils sont d'abord français.
Le calendrier politique, pour commencer. Année de municipales oblige, les communes ont fortement réduit leurs dépenses de construction. Résultat : un retournement violent dans les travaux publics, et un investissement public en net recul malgré la hausse des dépenses de défense.
Vient ensuite la chaleur. Plus de cinquante jours de vagues de chaleur ont été recensés entre mi-juin et fin août en métropole, un record sans équivalent. Selon les données disponibles, la France semble avoir été plus touchée que ses voisins, surtout dans les champs. Facture estimée : 0,1 point de croissance sur l'année.
Le marché du travail, surtout, est plus dégradé qu'ailleurs en Europe. Le chômage augmente, les salaires stagnent.
Enfin, l'impulsion budgétaire est moins favorable que chez nos partenaires. Et emprunter coûte cher : début septembre, le taux des obligations françaises à dix ans atteignait 4,17 %, contre 3,34 % en Allemagne. Des niveaux jamais vus depuis les crises du début des années 2010.
Un seul moteur tourne encore franchement : le commerce extérieur, tiré par l'aéronautique et le naval. Quand la demande intérieure s'essouffle, ce sont les fleurons industriels qui tiennent la maison.
Emploi, pouvoir d'achat : les ménages paient l'addition
C'est sur le front de l'emploi que le tableau s'assombrit le plus.
L'économie française détruirait 52 000 emplois salariés en 2026, après 48 000 l'an dernier. L'alternance continue de reculer à mesure que les aides publiques diminuent. Les indépendants et autres non-salariés, eux, progressent encore fortement, avec 95 000 emplois supplémentaires. Ce petit gain global ne suffit toutefois pas à absorber la hausse de la population active.
Le chômage grimperait donc à 8,6 % en fin d'année, soit 0,6 point de plus en un an. En Espagne, il reflue. En Italie, il recule vers 5 %. En Allemagne, il reste stable autour de 4 %. La France, elle, voit le sien remonter sans interruption depuis 2023.
Côté porte-monnaie, l'inflation a atteint 2,4 % en août et monterait à 2,9 % en fin d'année. Le gaz flambe, la guerre des prix dans les télécoms prend fin, et les légumes frais renchérissent après des récoltes abîmées par la chaleur.
Paradoxe : les prix grimpent moins vite en France que chez ses voisins. La raison n'a rien de réjouissant. Salaires et prix des services y sont bien moins dynamiques, et les négociations salariales compenseraient tout juste la hausse des prix cette année.
À la différence de 2022-2023, l'État n'a pas déployé de mesures générales contre la flambée des prix, seulement des dispositifs ciblés. Le choc repose donc largement sur les ménages. Leur pouvoir d'achat reculerait de 0,4 % sur l'année.
Pour continuer à consommer (+0,3 %), ils puisent dans leur épargne. Ils rognent sur les services dont ils peuvent se passer, mais se sont rués sur les climatiseurs et les ventilateurs pendant les canicules. Ceux qui en ont les moyens se hâtent d'acheter une voiture électrique pour échapper au prix des carburants.
L'investissement suit la même pente. Celui des entreprises, qui avait surpris en 2025 avec +0,7 %, repasserait dans le rouge à -0,3 %. Celui des ménages chuterait de 1,3 %, la reprise du neuf ne compensant pas le retournement du marché de l'ancien, frappé de plein fouet par la remontée des taux.
L'Insee entrevoit bien une timide reprise, avec +0,1 % à l'été puis +0,2 % en fin d'année. Le climat des affaires s'est ressaisi et se rapproche en août de sa moyenne de long terme. Deux inconnues demeurent : l'effet réel de la canicule sur le troisième trimestre et l'évolution du conflit au Proche-Orient, dont une résolution rapide paraît peu probable.
Vigilance orange, donc. Le feu n'est pas encore repassé au vert.
(Crédit photo : STEPHANIE LECOCQ/REUTERS)



