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L'actualité locale

Le grand écart de Wamytan

11 septembre 2026 à 13:51
5 min de lecture
Le grand écart de Wamytan

Résumé IA

En juin, Johanito Wamytan promettait l’emploi en campagne, puis, en septembre, membre du gouvernement, il porte une déclaration du Pacifique incitant à se détourner des activités extractives, visant la mine, pilier économique calédonien. Ce texte, adopté le 11 septembre, suscite des questions sur son impact et sa méthode, sans consultation formelle des provinces.

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Il promettait des emplois aux Calédoniens il y a moins de trois mois. Il porte aujourd'hui un texte qui invite le Pacifique à se détourner de la mine.

En juin, l'emploi. En septembre, l'extractif sur le banc des accusés

Rembobinons.

Juin 2026, campagne des provinciales. En province Sud, Johanito Wamytan conduit la liste du FLNKS, « Kanaky pour tous ». Le fil rouge de son discours ne varie guère d'un plateau à l'autre : l'emploi, la justice sociale et la relance par l'investissement public. Le candidat indépendantiste présente même la souveraineté comme un levier de développement.

Le 1er juin, au pied du Mwâ Kââ, il égrène ses priorités. « Le travail, l'emploi, l'insertion des jeunes », entre autres. Des mots simples, qui parlent à une Calédonie encore sonnée par la crise.

Septembre 2026. Changement de décor.

Désormais membre du gouvernement, chargé notamment du climat et de l'océan, Johanito Wamytan est l'un des visages de la 11e Conférence des îles du Pacifique sur la conservation de la nature et les aires protégées. Environ 400 représentants de la région sont réunis au centre culturel Tjibaou du 7 au 11 septembre, à l'invitation du PROE, de la Table ronde du Pacifique et de la Nouvelle-Calédonie.

Le changement climatique n'a rien de théorique, on le vit chaque jour, lançait-il le 20 août en présentant l'événement à la presse.

Le chômage non plus.

Le 7 septembre, c'est encore lui qui salue l'accord trouvé entre délégations sur une déclaration commune, baptisée Môo Mâ Awé. Ce vendredi 11 septembre, elle a été officiellement prononcée. Or, dès sa version de travail, une ligne détonne. Les signataires s'y engagent à réorienter leur développement économique en se détournant des « activités extractives destructrices sur les plans environnemental et social », au profit de secteurs qualifiés de régénérateurs et résilients.

Le nickel, grand absent d'un texte qui le vise

Le mot nickel n'apparaît nulle part. Il n'en a pas besoin.

Sur le Caillou, parler d'activités extractives, c'est parler de la mine. Et parler de la mine, c'est parler de la colonne vertébrale de l'économie.

Les données de l'Isee sont sans appel. En 2019, le minerai et le métal pesaient 90 % des exportations du territoire, et environ un quart des emplois du secteur privé étaient liés, directement ou indirectement, au nickel.

La filière, elle, sort à peine de deux années noires. Après un creux en 2024 marqué par l'arrêt de KNS et l'interruption temporaire de Prony Resources, la production métallurgique se redresse. L'emploi, beaucoup moins. Fin mars 2026, la filière comptait environ 4 500 salariés, soit 1 900 postes de moins en deux ans. L'institut statistique parle d'un redressement fragile, qui ne règle ni la compétitivité ni la rentabilité.

C'est dans ce paysage que le gouvernement accueille un texte invitant la région à tourner la page de l'extractif.

On objectera que seules les activités « destructrices » sont visées. Soit. Mais qui tranchera ? Le texte ne le définit pas. Et une formule aussi vague, gravée dans une déclaration internationale, pourra demain être brandie à l'appui d'une réglementation plus dure ou d'un contentieux.

La même déclaration appelle d'ailleurs à donner « pleinement effet juridique » à l'avis rendu en 2025 par la Cour internationale de Justice sur les obligations climatiques des États. Pour un territoire dont l'industrie est fortement émettrice, et dont les recettes publiques en dépendent, la portée d'un tel engagement mérite d'être mesurée avant d'être applaudie. Sa cohérence avec la position internationale de la France, elle, reste à établir.

Personne ne conteste la nécessité de diversifier l'économie calédonienne. Mais diversifier n'est pas condamner. L'alternative sérieuse existe : une mine plus responsable, mieux encadrée, progressivement décarbonée, et tenue à de vraies obligations de réhabilitation des sites.

Le candidat de la relance par l'investissement public et le membre du gouvernement qui porte ce texte sont pourtant le même homme. Reste à savoir avec quelles recettes il entend financer ses promesses.

Un engagement pris par-dessus la tête des provinces

Au-delà du fond, il y a la méthode.

La loi organique du 19 mars 1999 confie pour l'essentiel la préservation de l'environnement aux provinces. Or ce texte ne se limite pas à des vœux pieux. Ses signataires « reconnaissent et approuvent » quatorze priorités régionales et s'engagent à les mettre en œuvre d'ici 2030. Le préambule promet en outre l'application « pleine et globale » de cinq cadres internationaux et régionaux, du Cadre mondial de Kunming-Montréal à la Stratégie 2050 pour le continent bleu du Pacifique.

Quelles obligations concrètes en découleront pour les collectivités calédoniennes ? Nul ne peut le dire sans une expertise juridique sérieuse.

Le gouvernement peut-il engager, même indirectement, des provinces sur leurs propres compétences sans les avoir formellement consultées ? La question dépasse ce seul texte. Elle touche au respect de l'architecture institutionnelle du pays.

Il y a aussi les symboles. Le nom retenu, Môo Mâ Awé, a été proposé par le Sénat coutumier. Tiré de la langue paicî, il renvoie à la sagesse, à la paix, à la réconciliation et à un avenir commun. L'intention est louable, et la richesse des langues kanak n'est pas en cause. Mais un texte appelé à engager la Nouvelle-Calédonie tout entière exige un vocabulaire institutionnel incontestable, dans lequel l'ensemble des Calédoniens puisse se reconnaître.

Reste la philosophie générale. Le texte fonde largement la conservation sur les relations ancestrales, les savoirs traditionnels et les droits coutumiers sur les espaces terrestres et marins comme sur leurs ressources. Rien, en regard, sur le droit commun, le droit de propriété, la domanialité publique ou la liberté d'entreprendre.

Or l'attachement à cette terre et la volonté de la protéger appartiennent à tous ses habitants, quelle que soit leur origine. Chercheurs, entreprises, élus, simples citoyens : chacun y a sa part.

La voix de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique gagne à être forte. Elle perd en légitimité quand elle se construit sans les institutions compétentes et à rebours des réalités économiques du territoire.

En juin, Johanito Wamytan demandait aux électeurs du Sud de lui faire confiance sur l'emploi. En septembre, c'est précisément sur ce terrain qu'il doit des explications.