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Au delà du récif

Nos côtes envahies d'ici 2050 ?

30 septembre 2026 à 10:00
4 min de lecture
Nos côtes envahies d'ici 2050 ?

Résumé IA

Une étude publiée dans *Nature Ecology & Evolution* prévoit que la montée des océans favorisera l'expansion d'espèces marines envahissantes comme le crabe bleu vers les terres côtières submergées. Plus des deux tiers des zones inondées seraient propices à ces espèces, menaçant biodiversité, pêche et aquaculture.

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Des crabes là où il y avait hier des prairies côtières. Une étude publiée ce lundi montre ce que la montée des eaux pourrait coûter à nos pêcheurs.

Une menace venue de la mer, chiffrée par la science

Il ne s'agit pas d'un slogan militant. Il s'agit de modélisation.

Selon une étude publiée lundi 28 septembre dans la revue Nature Ecology & Evolution, la montée du niveau des océans favorisera l'expansion d'espèces exotiques envahissantes, dont le crabe bleu, dans les zones côtières appelées à être submergées. En jeu : la biodiversité, mais aussi des pans entiers de l'économie littorale.

Xuan Liu, de l'Université normale de Pékin, est l'un des auteurs principaux de ces travaux. Il a expliqué à l'AFP que la hausse du niveau des mers « pourrait créer de nouvelles circonstances favorables » à l'extension des espèces marines non indigènes vers ces terres nouvellement inondées. Le chercheur prévient : des écosystèmes et des activités humaines jusqu'ici épargnés pourraient être exposés.

La méthode est rigoureuse. Les scientifiques ont modélisé la présence de 122 espèces envahissantes : poissons, crustacés, mollusques, étoiles de mer. Parmi elles figurent le crabe bleu et l'étoile de mer Asterias amurensis. Chacune a été confrontée à différents scénarios d'évolution du climat et des océans.

Le mécanisme de fond est connu. Le réchauffement fait monter les eaux de deux façons, par la dilatation des océans et par la fonte des glaces. Dans un scénario où les émissions mondiales de gaz à effet de serre progressent de façon modérée, les chercheurs anticipent une hausse d'environ 20 cm d'ici 2050, puis 56 cm d'ici 2100.

Traduit en surface, cela donne 360 000 km² de terres côtières submergées au milieu du siècle. Et 550 000 km² à la fin de celui-ci.

Deux tiers des terres inondées en ligne de mire

C'est le chiffre qui doit retenir l'attention des décideurs.

Selon les auteurs, plus des deux tiers des zones côtières inondées, soit environ 290 000 à 470 000 km², seront propices au développement de ces animaux marins envahissants d'ici le milieu et la fin du siècle. Les estuaires des latitudes moyennes sont particulièrement visés.

La carte des risques est large. L'est des États-Unis, le golfe du Mexique, la mer du Nord, le golfe de Guinée, le nord de l'Australie.

L'Europe n'a d'ailleurs pas attendu cette étude pour découvrir le problème. Certaines de ses régions font déjà face à la colonisation par l'huître creuse du Pacifique ou par le rapane veiné, un mollusque gastéropode d'origine asiatique. Autrement dit, le scénario n'a rien de théorique : il est déjà en cours à certains endroits.

Pourquoi les estuaires ? Xuan Liu répond sans détour. Ils sont directement connectés à l'océan et concentrent en même temps une forte activité humaine. Le point de rencontre idéal entre un envahisseur qui arrive par la mer et des filières qui vivent de ces eaux.

Pêche, aquaculture : la facture s'annonce lourde

On aurait tort de ranger ce sujet dans la seule rubrique environnement.

Les espèces invasives abîment la biodiversité locale de trois manières, rappelle le chercheur : la prédation, la concurrence pour les ressources et la transmission de maladies. Mais le cœur de l'alerte est aussi économique. Elles peuvent occasionner, selon lui, des pertes substantielles pour la pêche, l'aquaculture et d'autres activités humaines.

Ce sont des métiers concrets. Des pêcheurs, des ostréiculteurs, des mytiliculteurs, des entreprises familiales qui dépendent de la santé des eaux côtières et qui n'ont rien demandé.

Les ordres de grandeur existent déjà. L'IPBES, panel international d'experts placé sous l'égide de l'ONU, estime que les dommages causés par les espèces envahissantes dans le monde dépassaient 423 milliards de dollars en 2019.

423 milliards. En une seule année.

Face à un tel constat, la posture de la lamentation ne sert à rien. Ce que cette étude apporte, c'est une cartographie des zones à risque, des espèces identifiées, des horizons datés. De quoi permettre aux pouvoirs publics et aux filières d'anticiper plutôt que de subir, et de protéger ce qui fait la richesse des territoires littoraux : leurs eaux, leurs ressources, et ceux qui en vivent.

(Crédit photo : Ouest-France/Nicolas Hasson-Fauré)