Faire décoller l’inclusion par le ciel : c’est l’idée simple et puissante portée par Rêve de Gosse France, une association créée il y a 30 ans qui utilise l’aéronautique comme catalyseur de rencontres entre enfants dits « ordinaires » et enfants confrontés à des parcours de vie difficiles. À Nouméa, la « journée magique » a permis à près d’une centaine d’enfants de monter à bord d’avions, un souvenir durable et une étape finale d’un long travail mené tout au long de l’année, avec l’appui des clubs services et de plusieurs ministères. Derrière le vol, il y a surtout une méthode : préparer, réunir, faire coopérer, puis célébrer.
Une association née d’un cockpit… devenue référence nationale
Rêve de Gosse naît d’un constat pratique : dans un avion léger, des sièges restent vides alors que l’envie de transmettre la liberté du vol peut devenir un formidable levier éducatif. De ce geste initial a émergé une organisation structurée : neuf villes-étapes par an, environ 1 500 enfants intégrés chaque année au programme, et déjà environ 45 000 vols depuis la création. L’association ne se limite pas à l’Hexagone : elle sait adapter sa logistique à des territoires éloignés, comme la Nouvelle-Calédonie, et s’appuie sur un réseau de pilotes bénévoles, d’éducateurs et de partenaires institutionnels.
La force du dispositif tient à sa régularité : un calendrier qui alterne travail pédagogique, animations collectives et accompagnement des familles, pour que l’expérience aérienne ne soit pas un simple spectacle mais l’aboutissement d’un cheminement commun.
L’inclusion par la rencontre : une méthode exigeante, des résultats tangibles
Rêve de Gosse ne « sélectionne » pas, elle compose des groupes mixtes portés par des projets. Les villes-étapes identifient, avec les structures locales (classes ULIS, IME, associations), des enfants jusqu’à 12 ans environ, capables de s’engager dans un parcours vivant : au moins six rencontres, souvent davantage, autour d’activités créatives (fresque, chant, peinture). Le vol n’est qu’un point d’orgue ; l’essentiel se joue en amont.
En Nouvelle-Calédonie, le pari a été relevé dix rencontres au compteur, une mobilisation exemplaire des acteurs locaux et une logistique dimensionnée : village d’accueil, animations, cartes d’embarquement, temps d’échange avec les pilotes, montée à bord en douceur. À l’arrivée, des marqueurs concrets : liens d’amitié, gestes d’entraide, enfants réticents qui osent, silences qui se libèrent. Le ciel agit comme un révélateur, mais c’est la pédagogie de la rencontre qui installe durablement la confiance.
Nouméa, « journée magique » : un ciel bleu pour une pédagogie solide
La « journée magique » à Nouméa a réuni environ 100 enfants. Le dispositif s’est appuyé sur des moyens civils et militaires, jusqu’à des appareils de transport comme un CASA de la base aérienne 186 mais l’important est ailleurs : bienveillance, temps pris pour expliquer, rassurer, accompagner. Les équipes ont mis l’accent sur l’expérience globale : du village d’animations à la porte de l’avion, chaque détail compte.
La clé de cette réussite : une coordination millimétrée. Les clubs services, Rotary, Lions et partenaires locaux, ont assuré l’intendance, quand les pilotes bénévoles ont aligné sécurité et pédagogie de l’attention. Les résultats se lisent sur les visages : euphorie, fierté, et ce désir immédiat de remonter à bord. Pour les adultes, l’émotion est souvent manifeste ; pour les enfants, elle devient ancrage et mémoire positive.
Un écosystème de soutien public-privé qui crédibilise l’action
Trente ans de longévité ne s’improvisent pas. Rêve de Gosse s’est structuré autour de partenariats institutionnels : quatre ministères (Armées, Justice, Éducation nationale, Transition énergétique) appuient l’association, et le haut patronage de la Présidence de la République consacre la portée nationale du programme. Cet ancrage officiel ouvre les portes des établissements scolaires, facilite l’intégration dans les projets pédagogiques et sécurise la logistique.
Côté terrain, les clubs services fournissent bras, moyens et réseaux ; côté ciel, la communauté aéronautique met à disposition appareils et compétences. Résultat : une caravane itinérante de près de 150 personnes pendant le tour annuel, 26 avions légers mobilisés, une intendance quotidienne dimensionnée (hébergements, repas, coordination). Ce modèle hybride, civique, associatif et institutionnel, explique la capacité de l’association à tenir dans la durée et à essaimer sur de nouveaux territoires.
Du premier vol à la première confiance : un impact qui dépasse la journée
On se souvient tous de son premier vol. Rêve de Gosse transforme ce moment en levier éducatif : apprendre à se connaître, à coopérer, à dépasser la peur de l’autre. Pour certains enfants, c’est une première sortie hors du cadre habituel ; pour d’autres, la découverte d’un univers technique qui suscite des vocations. L’empreinte est psychique et sociale : un moment de grâce collective devient capital de confiance, pour l’enfant comme pour sa famille.
L’après-événement compte autant que la fête : les projets réalisés ensemble restent visibles (fresques, chansons, œuvres) et continuent d’alimenter la mémoire partagée. Les enseignants disposent d’un support concret pour prolonger les apprentissages (langage, motricité, sciences, citoyenneté), tandis que les partenaires locaux capitalisent sur une mobilisation réussie pour d’autres initiatives d’inclusion.

















