Polynésie : la fake photo qui accuse la Marine nationale

L’affaire a explosé en quelques heures sur les réseaux sociaux. Une image montrant des militaires de la Marine nationale jetant de la poudre blanche dans un lagon polynésien a été massivement partagée.
Présentée comme une preuve visuelle, elle suggérait une pollution volontaire à proximité des côtes du fenua.
Problème : il s’agit d’une image entièrement générée par intelligence artificielle.
Aucune scène réelle n’a été photographiée. Aucun militaire n’a déversé de drogue près d’un récif.
Le Haut-Commissariat de la République en Polynésie française a dénoncé une manipulation numérique destinée à troubler l’opinion publique. L’image a depuis été retirée.
Cette séquence intervient alors que 11,5 tonnes de cocaïne ont été saisies ces dernières semaines au large du territoire.
Une opération d’ampleur menée par la Marine nationale avec l’appui de partenaires étrangers.
Image choc, vérité étouffée : la mécanique d’une désinformation
La publication à l’origine de la polémique a circulé sans mention de son caractère artificiel.
Elle a été relayée à plus de 500 reprises sur Facebook. Certains y ont vu la preuve d’un scandale environnemental. D’autres ont évoqué une atteinte à la souveraineté.
Le parti indépendantiste Tavini a diffusé cette illustration sur ses réseaux sociaux. Le mouvement d’Oscar Temaru a dénoncé des décisions prises « sans notre accord ». Dans son message, le parti évoque des risques pour la faune marine. Il établit un parallèle avec les essais nucléaires du passé.
Mais un point central demeure : l’image est fausse. Tous les éléments qui la composent sont artificiels.
Le Haut-Commissariat parle de « fake news ». Il dénonce une publication de mauvaise foi.
Le Haut-commissaire Alexandre Rochatte se réserve le droit de déposer plainte. Il invoque l’article 27 de la loi du 29 juillet 1881.
Ce texte vise la diffusion de fausses nouvelles susceptibles de troubler la paix publique. La menace judiciaire est explicite.
11,5 tonnes de cocaïne : une destruction encadrée et documentée
Les faits, eux, sont précis et vérifiables. Les 11,5 tonnes de cocaïne provenaient de navires étrangers arraisonnés en haute mer. Il s’agit d’une saisie record. Elle est le fruit d’un travail coordonné entre forces armées et partenaires internationaux.
La drogue était conditionnée en ballots, emballés dans des cartons et des plastiques. Chaque ballot a été ouvert. Les emballages ont été retirés. Ils ont été réacheminés au port de Papeete.
Ils ont ensuite été détruits par incinération. Aucun plastique n’a été immergé en mer. La poudre, elle, a été diluée dans des milliards de mètres cubes d’eau. Elle a été brassée par les courants océaniques.
Les opérations se sont déroulées en pleine mer. Elles ont eu lieu hors de la ZEE polynésienne.
Concrètement, cela signifie à près de 400 kilomètres des côtes. Dans une zone où les fonds marins atteignent plusieurs centaines de mètres de profondeur. Aucune aire marine protégée n’était concernée. Aucune zone de pêche n’a été impactée.
Des procès-verbaux de destruction ont été rédigés. Ils ont été signés par les autorités habilitées.
La destruction est donc officiellement attestée et encadrée.
Souveraineté, environnement, narcotrafic : le vrai débat
Au-delà de l’image truquée, le débat est politique. Le Tavini réclame un droit de regard sur les opérations menées en ZEE. Le parti parle de « maîtrise souveraine » de Ma’ohi Nui sur ses espaces maritimes. Il demande des évaluations environnementales préalables.
Mais la destruction évoquée n’a pas eu lieu dans la ZEE. Elle s’est déroulée en haute mer.
La lutte contre le narcotrafic est présentée par l’État comme une priorité absolue. Elle vise des réseaux criminels internationaux.
Les 11,5 tonnes saisies représentent un coup majeur porté au trafic. Elles n’ont pas été « déversées » dans un lagon.
Dans un territoire marqué par son histoire nucléaire, la sensibilité est compréhensible. Mais l’émotion ne peut se substituer aux faits. La Marine nationale n’a pas pollué un récif polynésien. Elle a détruit une cargaison de cocaïne en haute mer, selon une procédure encadrée.
Cette affaire révèle surtout la puissance de l’intelligence artificielle dans la fabrication de faux contenus. Et la rapidité avec laquelle une image peut enflammer l’opinion.
Entre souveraineté, environnement et sécurité, le débat mérite rigueur et transparence. Pas des montages numériques.

