Bourail : bataille stratégique dans le bastion rural

Le premier tour des élections municipales se tiendra le dimanche 15 mars prochain en Nouvelle-Calédonie.
Dans la commune de Bourail, l’un des plus importants bassins vivriers du territoire, le scrutin prend une dimension stratégique.
Ici, l’agriculture structure l’économie, l’identité et le quotidien.
Élevage bovin, cultures maraîchères, tourisme rural : Bourail n’est pas un simple village, c’est un pilier.
Deux hommes incarnent l’affrontement politique local.
Le maire sortant, Patrick Robelin, et son challenger, Levay Roy.
Deux trajectoires différentes, deux visions pour l’avenir de la commune.
Patrick Robelin, maire sortant en quête de confirmation
Ancien instituteur, Patrick Robelin dirige la commune depuis 2018.
Élu initialement sous l’étiquette Calédonie ensemble, il est aujourd’hui soutenu par L’Éveil océanien, mouvement présidé par Milakulo Tukumuli, lequel a acté, lors de sa réunion politique du 7 février dernier, des listes communes avec Calédonie ensemble.
Lors des élections législatives de 2024, il en fut le suppléant.
Pour cette échéance municipale, il conduit la liste “Bourail en accord”, présentée comme sans étiquette.
Un positionnement qui se veut rassembleur, dans un contexte politique territorial encore marqué par les fractures institutionnelles.
À la tête de la commune depuis huit ans, Patrick Robelin met en avant son expérience et la stabilité.
Son équipe insiste sur la continuité des projets engagés et sur la gestion municipale dans un contexte économique fragile.
Dans une commune rurale, la gestion budgétaire est scrutée de près. Voirie, équipements publics, soutien au monde agricole : chaque euro compte.
Le maire sortant joue la carte de la prudence et de la responsabilité.
Ses soutiens soulignent sa connaissance des dossiers et sa proximité avec les administrés.
Ses opposants dénoncent, eux, un manque de résultats visibles sur certains équipements structurants.
Levay Roy, l’offensive des Loyalistes
Face à lui, Levay Roy avance sous l’étiquette des Loyalistes.
Chef d’entreprise installé à Bourail, il est également président du comité organisateur de la Foire de Bourail, rendez-vous emblématique du monde rural.
Depuis la démission de David Ugolini, il dirige l’opposition municipale.
Il affirme avoir pris la mesure des difficultés internes de la commune.
Je vis à Bourail, j’ai mes entreprises à Bourail, on est abandonnés à cause de cette politique au doigt mouillé, déclare-t-il publiquement.
Un discours offensif, centré sur la gestion locale.
Avec sa liste “Bourail demain”, Levay Roy promet de « remettre l’humain au cœur du village ».
Il met en avant une équipe composite : pompiers, enseignants, agriculteurs, ingénieurs.
Une représentation qu’il présente comme fidèle à la diversité bouraillaise.
Parmi ses colistiers figure Icky Kasovimoin.
Levay Roy insiste :
Il n’est pas là pour colorer la liste, mais pour représenter les tribus et participer aux décisions.
Un message de rapprochement assumé.
Sur le terrain régalien, le candidat propose de doubler les caméras de surveillance et l’éclairage public. Objectif affiché : renforcer la sécurité sans transformer le village en « forteresse ».
La sécurité, thème central dans de nombreuses communes calédoniennes, s’invite ainsi au cœur de la campagne. Pour Levay Roy, la municipalité doit redevenir un moteur de cohésion et d’autorité locale.
Agriculture, infrastructures : le nerf de la guerre
Au-delà des postures politiques, les enjeux sont concrets. Bourail concentre un nombre important d’éleveurs et d’agriculteurs. La commune est considérée comme l’un des principaux viviers agricoles du territoire.
Levay Roy promet un soutien accru à l’économie locale. Agriculture, tourisme, attractivité pour les Nouméens : il veut capitaliser sur l’image de Bourail comme destination privilégiée de week-end.
Il pointe également des infrastructures vieillissantes. Selon lui, la commune attend depuis plus de vingt ans une nouvelle gendarmerie.
La morgue, les routes, certaines écoles nécessiteraient des rénovations.
Climatisation défaillante, fuites dans les bâtiments scolaires, voirie dégradée : le candidat assure que chaque projet est chiffré dans son programme. Il annonce un audit de la mairie dès le début du mandat en cas de victoire.
Objectif affiché : rechercher des financements en synergie avec les institutions territoriales et nationales. Un discours axé sur l’efficacité et la coopération.
En face, la majorité sortante défend son bilan et rappelle les contraintes budgétaires pesant sur les communes rurales. La question du financement demeure centrale dans une Nouvelle-Calédonie fragilisée économiquement.
À Bourail, le vote du 15 mars ne sera pas qu’un choix d’équipe municipale. Il dira si les habitants optent pour la continuité ou pour l’alternance.
Dans cette commune emblématique de la brousse calédonienne, l’enjeu dépasse les clivages partisans.
Il touche à la sécurité, à la ruralité, à la valorisation du travail agricole et à l’avenir des infrastructures locales.
Bourail, terre de labeur et d’attachement à la France, s’apprête à trancher. Le verdict des urnes dira quelle vision l’emportera pour les six prochaines années.

