Attaque mortelle à Nouméa : la régulation des requins suspendue en 2023 au cœur des interrogations

Le décès d’un wingfoileur de 55 ans, dimanche en fin de journée à l’Anse Vata, à Nouméa, remet brutalement au premier plan le débat sur la gestion du risque requin dans les baies sud. Alors que l’enquête judiciaire suit son cours, la question de la régulation des squales, suspendue en 2023, refait surface avec une intensité particulière.
Des éléments confirmés par le parquet
Selon le communiqué du procureur de la République, la victime, médecin hospitalier de profession, présentait d’importantes lésions au niveau de la jambe droite, ainsi que des blessures au tibia gauche et à l’avant-bras droit. L’arrière de la planche de wingfoil comportait également des traces de morsures.
Une autopsie a été ordonnée et un spécialiste des squales a été requis afin de déterminer l’espèce impliquée. En l’absence de témoin direct, les circonstances exactes demeurent indéterminées.
Ce drame intervient dans une zone particulièrement fréquentée, à proximité immédiate de l’Île aux Canards et des plages du Château Royal, secteurs déjà marqués par des précédents en 2023.
2023 : une régulation engagée par la Province Sud et la mairie
À la suite des attaques survenues début 2023, dont une mortelle, la Province Sud et la mairie de Nouméa avaient décidé de mettre en œuvre des campagnes de prélèvements ciblant principalement les requins tigres et bouledogues.
Cette stratégie, assumée par les autorités locales, s’inscrivait dans le cadre des pouvoirs de police du maire et d’arrêtés provinciaux autorisant les opérations dans certaines zones sensibles. L’objectif affiché était clair : réduire le risque dans les secteurs à forte fréquentation nautique.
Entre janvier et août 2023, 127 requins tigres et bouledogues avaient été prélevés dans ce cadre. Les collectivités défendaient alors une approche de sécurité publique face à une situation jugée préoccupante.
Le recours qui a conduit à la suspension
En octobre 2023, ces campagnes ont été suspendues par le juge des référés du Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie, saisi par l’association Ensemble pour la planète (EPLP).
Le magistrat avait estimé qu’il existait un doute sérieux sur la légalité des arrêtés autorisant les abattages, notamment en raison de l’absence d’étude scientifique suffisamment approfondie sur l’état des populations de requins et sur l’impact environnemental des prélèvements. La suspension avait été prononcée dans l’attente d’un jugement sur le fond.
Cette décision avait relancé un débat profond entre protection de l’environnement marin et impératif de sécurité des usagers.
Une question politique relancée
À ce stade, aucune donnée scientifique ne permet d’établir un lien direct entre la suspension des campagnes en 2023 et l’attaque survenue ce week-end. L’enquête en cours devra éclairer les circonstances précises du drame.
Cependant, le contexte nourrit inévitablement les interrogations. La Province Sud et la mairie avaient fait le choix d’une régulation ciblée pour répondre à une série d’attaques. Cette politique a été stoppée par voie judiciaire à la suite d’un recours associatif.
Trois ans plus tard, la question demeure : quelle stratégie globale de gestion du risque requin pour une ville littorale comme Nouméa, où les activités nautiques constituent un élément central de la vie quotidienne et de l’attractivité touristique ?
Le débat, désormais, ne se limite plus à une confrontation entre écologie et sécurité. Il porte sur la capacité des institutions à concilier protection de la biodiversité et protection des vies humaines dans un espace maritime partagé.

