Sud isolé : le Congrès face à ses responsabilités

Une semaine presque blanche au Congrès. Mais derrière le calme apparent, un dossier explosif refait surface : le désenclavement du Sud du Mont-Dore.
Une semaine législative courte… mais stratégique
Pas de séance publique. Pas de commission plénière.
La semaine parlementaire s’annonce courte et technique pour les élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Deux réunions de commissions intérieures sont programmées, dont celle de la commission de la législation et de la réglementation générales, convoquée le lundi 23 février 2026 à 13 h 30 dans l’hémicycle.
Au programme, conjointement avec la commission du travail et de la formation professionnelle, l’examen du projet de délibération portant approbation de l’avenant n° 2 à la convention constitutive du groupement d’intérêt public « Formation – Cadres Avenir » (rapport n° DC-2025-DAJ-0013 du 30 décembre 2025).
À l’issue de cette séquence technique, la commission poursuivra seule ses travaux.
Trois dossiers seront examinés :
– L’audition des représentants de l’association Citoyens mondoriens, à leur demande formulée par courrier du 16 décembre 2025.
– L’examen de la proposition de résolution n° 195 du 23 octobre 2025 sollicitant la construction d’une voie de désenclavement du Sud du Mont-Dore.
– L’étude du projet de délibération relatif à la réglementation des annonces judiciaires et légales (rapport n° 69/GNC du 17 septembre 2025).
Une semaine calme en apparence. Mais un sujet domine : le viaduc du Mont-Dore Sud.
Le désenclavement du Sud : une nécessité vitale
Pour les habitants du Mont-Dore Sud, il ne s’agit pas d’un caprice d’aménagement.
Il s’agit d’une question de sécurité, de continuité territoriale et de survie économique.
Le 13 mai 2024, lors des émeutes et du blocage de la route de Saint-Louis, la commune du Mont-Dore s’est retrouvée coupée du reste de l’agglomération.
Au-delà de la tribu de Saint-Louis, tout le Sud a été isolé.
La dépendance à la seule RP1 est devenue une faille stratégique. Les chiffres démographiques traduisent ce malaise : selon le dernier recensement, la commune est passée de 27 620 habitants en 2019 à 25 303 aujourd’hui, soit une baisse de près de 8,3 % en quelques années.
Une hémorragie qui illustre une perte de confiance progressive, aggravée par les blocages répétés depuis 2016 et les émeutes du 13 mai 2024.
Pour l’association Citoyens mondoriens, la solution est claire : un viaduc au-dessus de l’eau, doublant la desserte actuelle entre Boulari et le Vallon-Dore. Un projet estimé à environ 60 milliards de francs CFP.
Son président, Florent Perrin, l’a écrit aux chefs de groupe du Congrès le 2 octobre dernier :
Notre association milite depuis sa création pour la construction d’une seconde voie de desserte (…) Alors que les études sont en phase de démarrage sous l’égide de la province Sud, force est de constater que l’adhésion politique se heurte à la réalité financière de nos collectivités locales. Ce projet ne peut aboutir sans un financement pérenne de l’État ainsi que sa prise en charge de la maîtrise d’ouvrage.
Le message est limpide : sans l’État, le projet ne verra pas le jour.
Un enjeu stratégique pour un cinquième de la Grande Terre
Fin 2025, une proposition de résolution a été déposée par Françoise Suve (Les Loyalistes), Virginie Ruffenach (Le Rassemblement), Philippe Michel (Calédonie ensemble) et Veylma Falaeo (Éveil océanien), présidente du Congrès.
Les élus rappellent que la commune du Mont-Dore constitue l’un des pôles urbains majeurs du territoire.
Ses quartiers sud regroupent plus de 15 000 habitants.
Ils concentrent également des activités économiques et industrielles essentielles, notamment l’usine hydrométallurgique de Prony Resources.
Avec la commune de Yaté, cette zone représente près d’un cinquième de la Grande Terre.
Or, la configuration actuelle crée une dépendance totale à un itinéraire unique.
Les signataires soulignaient que « la fermeture, même partielle, entraîne l’isolement complet du Sud du Mont-Dore et de la commune de Yaté ».
Lors des émeutes, un dispositif de navettes maritimes a été mis en place par la province Sud et a constitué l’unique solution de déplacement.
Les conséquences ont été qualifiées de « considérables » sur les plans démographique, économique, sanitaire et social.
Le coût du projet dépasse les capacités financières des collectivités locales.
Les quatre élus demandaient donc explicitement un engagement de l’État, tant en financement qu’en maîtrise d’ouvrage, dans le cadre d’un contrat de développement spécifique.
La question est désormais politique.
Dans un contexte budgétaire national tendu, Paris acceptera-t-il d’investir massivement pour sécuriser le Sud calédonien ?
Au-delà des clivages, le dossier pose une interrogation fondamentale : la continuité territoriale et la protection des populations relèvent-elles de la solidarité nationale ?
Le Congrès auditionnera. Les commissions examineront.
Mais le véritable arbitrage se jouera à l’échelle de l’État.
Car derrière un viaduc à 60 milliards, c’est la cohésion du territoire et l’autorité républicaine qui sont en jeu.

