La Lune bientôt coffre-fort de l’humanité ?

Deux cent cinquante mille kilomètres plus loin, la France prépare un geste pour l’éternité.
Un ingénieur tricolore veut graver notre civilisation sur la Lune.
Un projet français pour graver l’éternité
Ce ne sont pas des gadgets futuristes. Ce ne sont pas des symboles creux. Ce sont 24 disques de saphir, de 10 centimètres de diamètre, épais d’à peine un millimètre, capables de contenir jusqu’à 7 milliards de pixels par disque.
À l’origine de ce projet : Benoît Faiveley, ingénieur français et fondateur de Sanctuary on the Moon.
Son ambition est simple et vertigineuse : déposer sur la Lune un condensé du savoir, de l’histoire et de la culture humaines.
Le 18 février 2026, le projet a officiellement lancé sa troisième et dernière phase. Après les volets scientifiques et techniques, place désormais à l’art, aux langues, aux œuvres et au patrimoine culturel mondial.
Ces disques seront embarqués à bord d’une mission du programme Artemis de la NASA.
Objectif affiché : un dépôt sur la surface lunaire à l’horizon 2028-2030.
Chaque disque contient des images visibles à l’œil nu. Puis, en zoomant, apparaissent des milliards de micropixels : le génome humain, les lois fondamentales de la physique, les cycles de l’eau et de la vie.
Un pari assumé : toute civilisation capable d’atteindre la Lune saura utiliser une loupe.
Dans la lignée du Golden Record
Le projet s’inscrit dans la continuité d’une grande tradition scientifique, celle initiée par l’astrophysicien américain Carl Sagan.
Dans les années 1970, il conçoit les célèbres Golden Records embarqués à bord des sondes du programme Voyager. Des disques d’or contenant sons, musiques et messages de la Terre.
Dans son livre Murmurs of Earth, il raconte cette tentative unique d’adresser un message à d’éventuelles intelligences extraterrestres.
Sanctuary on the Moon reprend cette idée, mais avec une différence majeure : il ne s’agit plus seulement de parler à l’inconnu, il s’agit d’abord de parler à nos descendants.
L’astrophysicien Jean-Philippe Uzan, impliqué dans le projet, le rappelle : ces disques seront rendus publics. Ils s’adressent d’abord aux humains d’aujourd’hui, à notre capacité à réfléchir à ce que nous sommes.
Qu’est-ce qui fait civilisation ? Qu’est-ce qui mérite d’être transmis ? Qu’est-ce qui définit l’humanité ?
Dans un monde saturé de flux numériques éphémères, l’idée est radicale : graver pour des millions d’années.
De la Bourgogne à la Lune : une ambition assumée
L’histoire personnelle de Benoît Faiveley éclaire le projet. Originaire de Nuits-Saint-Georges, en Côte-d’Or, il grandit avec un lien inattendu avec la Lune.
Le cratère Tisserand rend hommage à l’astronome Félix Tisserand. Un autre cratère, baptisé « Saint George » lors de la mission Apollo 15, rappelle le nom de sa ville.
Un ancrage local. Une projection universelle.
Inspiré par la lecture de Carl Sagan, l’ingénieur imagine une version 2.0 du message cosmique : non plus une bouteille à la mer interstellaire, mais une capsule temporelle lunaire, stable, durable, presque indestructible.
Le projet s’appuie sur des recommandations d’institutions françaises comme le CNES, le CEA, l’INRIA et l’UNESCO. Une démarche structurée, institutionnelle, sérieuse.
La sollicitation adressée à la NASA a abouti : Sanctuary on the Moon fera partie des charges utiles du programme Artemis. Une reconnaissance internationale pour une initiative française.
Transmettre plutôt que disparaître
À l’heure où l’Occident doute de lui-même, où l’on déconstruit plus qu’on ne bâtit, ce projet assume une idée simple : notre civilisation mérite d’être transmise.
Science, art, langues, règles de jeux, créations originales : le contenu des disques dresse un portrait de notre espèce. Un portrait lucide, ambitieux, universel.
Près de 100 milliards de pixels au total seront gravés sur les 24 disques. Un exploit technologique.
Un geste philosophique.
La Lune devient ainsi un sanctuaire : un coffre-fort naturel, sans atmosphère, sans érosion, potentiellement stable pour des millions d’années.
Il ne s’agit pas de fuir la Terre. Il s’agit d’assumer l’héritage.
À l’horizon 2028-2030, si le calendrier Artemis est respecté, cette capsule lunaire sera déposée à la surface, silencieuse, immobile, durable.
Un message gravé dans le saphir. Un pari sur l’intelligence. Une affirmation de confiance dans l’avenir.
Dans un monde obsédé par l’instantané, Sanctuary on the Moon rappelle une vérité oubliée : les grandes civilisations pensent en siècles.

