Joëlla tuée : la marche blanche qui bouleverse Nouméa

Deux semaines après l’horreur, la sidération n’est pas retombée.
À Nouméa, la marche blanche pour Joëlla a transformé l’émotion en exigence de justice.
Une marche blanche à Sainte-Marie après le drame de Saint-Quentin
Samedi 21 février, au parc de Sainte-Marie à Nouméa, près de 200 personnes se sont rassemblées pour une marche blanche en mémoire de Joëlla.
Le cortège a longé la baie, dans un silence lourd, marqué par la gravité des regards et la dignité des proches.
Le drame s’est produit dans la nuit du 7 au 8 février, dans le quartier de Saint-Quentin. Joëlla a été rouée de coups.
Les deux auteurs présumés ont été mis en examen pour meurtre. Ils ont été placés en détention provisoire au Camp Est.
Ce rappel judiciaire s’impose : la justice est saisie, l’enquête suit son cours, les suspects sont incarcérés. Dans un territoire souvent secoué par les tensions, cette affaire a profondément choqué.
En tête de cortège, la famille de Joëlla avançait, entourée de proches et de membres d’associations.
L’émotion était palpable. Les témoignages évoquaient une douleur encore vive, deux semaines après les faits.
Pour beaucoup, cette marche était d’abord un moment de recueillement. Un hommage simple, sans slogans outranciers, mais avec une volonté claire : honorer la mémoire d’une victime et rappeler l’exigence de justice.
Une mobilisation portée par Rainbowlution et la communauté LGBTQIA+
L’association Rainbowlution était à l’initiative du rassemblement. Plusieurs centaines de personnes ont répondu présent selon les organisateurs.
Au sein de la communauté LGBTQIA+, l’affaire a suscité une onde de choc. Certaines participantes ont confié que beaucoup se sont dit :
cela aurait pu être moi.
En Nouvelle-Calédonie, la transidentité est visible dans plusieurs communautés, notamment wallisiennes et polynésiennes. Mais cette visibilité ne met pas à l’abri des violences.
Des proches ont évoqué la nécessité d’un changement de regard. Le message porté lors de la marche se voulait clair : refuser la haine, refuser les agressions, défendre la dignité de chacun.
Les organisateurs ont également exprimé leur volonté d’interpeller les élus. Ils souhaitent développer des actions de sensibilisation, notamment en milieu scolaire.
L’objectif affiché : prévenir les discriminations et mieux expliquer les réalités liées à l’identité de genre.
Pour eux, l’éducation reste un levier essentiel.
Prévention, justice et responsabilité collective
Lors du rassemblement, plusieurs intervenants ont insisté sur les difficultés rencontrées sur le terrain.
Certaines associations intervenant dans les écoles évoquent des propos homophobes ou transphobes tenus par des élèves, aussi bien à Nouméa qu’en Brousse.
Ces témoignages décrivent une parole parfois décomplexée. Ils soulignent qu’il reste un travail de pédagogie à mener.
Les organisateurs ont également rappelé l’importance des mots. Ils distinguent clairement la transidentité identité de genre de l’orientation sexuelle.
Pour eux, employer les termes justes participe à la reconnaissance des personnes concernées.
Ne pas nommer correctement une identité est perçu comme une négation.
Au-delà des débats sémantiques, un fait demeure : un meurtre a été commis, deux suspects sont mis en examen, la justice devra établir les responsabilités.
Dans un État de droit, l’émotion ne remplace pas la procédure. Mais elle peut rappeler une exigence : que la loi protège tous les citoyens sans distinction.
La marche de Sainte-Marie n’avait pas vocation à opposer les communautés. Elle visait à affirmer une présence, un soutien, une solidarité.
En Nouvelle-Calédonie, territoire marqué par son histoire et ses fractures, chaque drame interroge la cohésion sociale. Cette affaire ne fait pas exception.
Le rassemblement du 21 février restera comme un moment de recueillement collectif.
Un moment où, face à la violence, des Calédoniens ont choisi de marcher ensemble.
La justice dira le droit. La société, elle, devra continuer à faire vivre le respect.

