Dette : la France au bord de l’asphyxie

Dans son rapport publié le 19 février 2026 sur La situation des finances publiques début 2026, la Cour des comptes dresse un constat sans fard.
Oui, le déficit public a été légèrement réduit en 2025. Non, la trajectoire française n’est pas redressée.
Le déficit public s’établit à 5,4 % du PIB en 2025, contre 5,8 % en 2024.
Une amélioration de 0,4 point. Mais une amélioration qualifiée de “modeste”.
Après deux “années noires” en 2023 et 2024, marquées par une dégradation inédite hors choc macroéconomique majeur, les comptes n’ont pas “dérivé” en 2025. C’est une inflexion. Pas un redressement.
Surtout, cette réduction repose quasi exclusivement sur 23 milliards d’euros de hausses d’impôts.
Aucune réforme structurelle d’ampleur. Aucune baisse significative de la dépense.
Un redressement artificiel fondé sur la hausse des impôts
Le projet de loi de finances pour 2025 visait initialement un déficit de 5 % du PIB.
Il reposait sur 40 milliards d’euros d’économies et 20 milliards de hausses d’impôts.
Mais face aux “circonstances politiques” et à une croissance révisée à la baisse, la cible a été assouplie. Le palier de 5,4 % est désormais présenté comme “crucial”.
Dans les faits, la baisse du déficit est exclusivement imputable aux prélèvements supplémentaires.
La dépense publique hors charge de la dette augmente encore de 1,3 % en volume.
Un rythme supérieur à la croissance économique, estimée à 0,9 %.
Les dépenses sociales progressent de 2,2 % en volume. Les charges d’intérêts bondissent de près de 5 milliards d’euros et atteignent 65 milliards.
Autrement dit : la France taxe davantage, mais continue de dépenser plus vite que sa richesse nationale n’augmente.
La Cour le souligne : avec un taux de prélèvements obligatoires déjà le plus élevé de la zone euro, il est impossible de faire l’impasse sur des économies en dépenses.
Elle chiffre à 80 milliards d’euros l’effort restant à produire pour ramener le déficit sous les 3 % du PIB, conformément aux engagements européens.
Un mur budgétaire. Et un calendrier contraint : retour sous les 3 % en 2029.
Une dette qui explose malgré les hausses fiscales
Le problème central demeure la dette. Elle atteint 116,3 % du PIB en 2025. Soit 3 465 milliards d’euros. Un niveau supérieur au pic de 2020.
Pour stabiliser la dette, la Cour estime qu’il aurait fallu un déficit limité à 2,2 % du PIB.
Nous en sommes à plus du double.
Conséquence directe : les conditions de financement se dégradent.
Les taux des obligations d’État à 10 ans dépassent depuis deux ans ceux de la plupart des pays les plus endettés de la zone euro.
Le refinancement progressif de la dette à des taux plus élevés entraînera une hausse continue des charges d’intérêt. Elles pourraient dépasser 100 milliards d’euros en 2029.
Un chiffre colossal. Et un étau budgétaire : chaque milliard versé en intérêts est un milliard en moins pour la défense, la justice, la sécurité ou la réindustrialisation.
La Cour alerte sur le risque d’une charge d’intérêts devenant insoutenable.
La France occupe aujourd’hui le troisième rang des pays les plus endettés de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie. Un signal inquiétant pour une grande puissance économique.
2026 : des objectifs hors de portée ?
Pour 2026, la trajectoire budgétaire a déjà été revue à plusieurs reprises. L’objectif de réduction du déficit a d’abord été fixé à 0,4 point de PIB. Puis relevé à 0,8 point. Avant d’être légèrement abaissé à 0,7 point.
La cible affichée était 4,7 % du PIB. Mais la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a acté un recul de 0,3 point.
La loi de finances 2026, adoptée sous le régime de l’article 49.3, vise désormais un déficit de 5 % du PIB. Elle prévoit 12 milliards d’euros de hausses de prélèvements obligatoires.
La surtaxe d’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises serait quasi totalement prorogée.
La suppression de la CVAE est abandonnée.
Côté dépenses, l’effort demandé aux collectivités territoriales est allégé de 2,5 milliards d’euros par rapport au projet initial. Dans la sphère sociale, la Cour chiffre à 6,8 milliards la baisse de l’effort par rapport au texte initial.
Autrement dit : la consolidation budgétaire reste fragile.
La Cour prévient que des risques importants entourent la réalisation de l’objectif des 5 %.
Stratégies d’adaptation fiscales face à la surtaxe. Risque de dépassement des dépenses de santé. Faible croissance.
Même en cas d’atteinte de la cible, la dette continuerait d’augmenter, pour atteindre 118,6 % du PIB.
La réduction enregistrée en 2025, qui ramène le déficit à 161 milliards d’euros, n’est donc qu’un premier pas. Un pas insuffisant. La France reporte depuis de nombreuses années les efforts nécessaires au retour durable sous les 3 %.
La Cour appelle à un effort graduel, cohérent et poursuivi dans la durée.
Sans économies structurelles, le déficit du régime général se creusera à nouveau entre 2027 et 2029.
Sans réforme profonde de la dépense publique, la dette continuera de croître.
Le message est limpide : la hausse des impôts ne peut plus être l’unique variable d’ajustement.
Pour tenir ses engagements européens, restaurer sa crédibilité financière et préserver sa souveraineté budgétaire, la France devra engager des choix clairs.
Maîtrise des dépenses publiques, réforme de l’État, discipline budgétaire : les marges de manœuvre se réduisent.
La stabilisation de 2025 est un sursis. Le redressement, lui, reste à construire.

