Ultragauche : un député italien décrypte la présence de Raphaël Arnault à Rome

ENTRETIEN. La présence de Raphaël Arnault lors des commémorations d’Acca Larentia à Rome suscite des interrogations. Fabio Roscani, député Fratelli d’Italia et président du mouvement de jeunesse du parti, revient sur les circonstances de cette venue et détaille les liens entre réseaux militants français et italiens.
Propos recueillis par Hélène Roué21/02/2026 à 19:20

Le député italien Fabio Roscani. AFP / © Tiziana Fabi
Le JDD. Raphaël Arnault s’est rendu à Rome en janvier. Pour quelle occasion ? Que s’est-il passé ?
Fabio Roscani. Chaque 7 janvier, Rome commémore le massacre d’Acca Larentia : trois jeunes tués à la fin des années 1970 par des terroristes d’extrême gauche, toujours impunis à ce jour. Il y a un mois, dans la nuit, plusieurs jeunes de Gioventù Nazionale [le mouvement de jeunesse de Fratelli d’Italia, NDLR], qui collaient des affiches commémoratives, ont été agressés par une vingtaine d’individus armés de barres de fer ; selon certains témoignages, tous ne parlaient pas italien.
Raphaël Arnault se trouvait à Rome, près du lieu de l’agression, comme le montre une vidéo qu’il a lui-même tournée. Je ne l’accuse pas, mais il est légitime de demander des éclaircissements sur l’identité des agresseurs et sur d’éventuels liens entre des réseaux violents français et italiens.
Diriez-vous que Raphaël Arnault sème le chaos en Italie ?
Arnault n’est pas « le problème de l’Italie ». L’enjeu est plutôt de comprendre quelles relations il entretient avec des groupes radicaux italiens. Certains éléments posent question : un prix lui a été remis à Rome, avec l’inscription « Au camarade Arnault, unis dans la lutte », et des appels communs ont été signés par Jeune Garde et des représentants du parti italien de gauche AVS, allié de LFI au Parlement européen, réclamant des « actions concrètes contre la droite ». Que recouvrent ces « actions concrètes » ? Après la mort de Quentin, ces mots peuvent inquiéter.
Raphaël Arnault a-t-il un équivalent en Italie ? Ou la Jeune Garde a-t-elle un équivalent en Italie ?
En Italie, il existe des franges organisées qui pratiquent ou justifient la violence politique : des manifestations qui dégénèrent, des agressions ciblées, comme celle contre les jeunes de Gioventù Nazionale le 7 janvier dernier. Le problème, c’est la méthode : ceux qui pensent différemment sont perçus comme des ennemis qu’il faudrait attaquer ou intimider.
Giorgia Meloni s’est exprimée sur la mort de Quentin Deranque. Quelle est la résonance de ce drame en Italie ?
La mort de Quentin n’a pas seulement touché la droite, mais tous ceux qui croient que la politique doit rester un débat d’idées. Le conflit peut être dur, mais il doit rester politique : la violence en est l’exact opposé. C’est pourquoi la polémique d’Emmanuel Macron face à la solidarité exprimée par Giorgia Meloni me paraît malvenue ; la collaboration et la transparence seraient au contraire nécessaires pour faire la lumière sur d’éventuels liens entre milieux violents français et italiens.
Quelle est la situation antifasciste en Italie ?
Nous assistons presque chaque jour à des sabotages de trains, à des affrontements avec les forces de l’ordre lors de manifestations, à des agressions comme celle contre les jeunes de Gioventù Nazionale, voire à l’assaut de la rédaction d’un journal.
« Quand on banalise la violence, tout le monde y perd »
Le climat est clair : il ne s’agit plus de politique, mais de violence, souvent justifiée au nom de « l’antifascisme ». C’est une dérive qu’il faut condamner sans ambiguïté.
Que savez-vous sur les liens entre les différents réseaux antifas en Europe ?
Il existe des contacts, des présences réciproques, mais aussi des appels communs et des mobilisations coordonnées appelant à des « actions » contre des adversaires politiques. La violence politique n’est pas un folklore : c’est un problème grave, qui dépasse les frontières. Ceux qui la minimisent contribuent en réalité à la couvrir.
Existe-t-il une « internationale » de la violence antifa ?
Plutôt que d’en débattre en théorie, il suffit de regarder les faits : il existe des canaux en ligne, notamment sur Telegram, où des actions violentes sont revendiquées dans plusieurs pays européens. Quand les mêmes méthodes, les mêmes mots d’ordre et les mêmes revendications circulent, on peut parler de réseaux et de pratiques partagées.
Sentez-vous une montée de la violence politique, de haine idéologique en Italie ? En France ? En Europe ?
Oui. Le signe le plus inquiétant, c’est la normalisation : des agressions justifiées au nom de « l’antifascisme » et des responsables politiques qui semblent fermer les yeux sur ces dérives. En Italie, cela se traduit par des intimidations et des affrontements ; en France, cela a conduit à la mort de Quentin. En Europe, l’adversaire est de plus en plus vu comme un ennemi à combattre. Quand on banalise la violence, tout le monde y perd.

