Radicalisés à 16 ans : l’horreur évitée à Lille

Ils ont 16 ans. Et déjà un projet de massacre.
À Lille, la menace terroriste ne porte plus forcément la barbe, mais le visage d’adolescents radicalisés.
Un projet d’attentat ciblant un centre commercial
La menace terroriste continue de muter. Elle rajeunit. Elle s’infiltre. Elle surprend.
Mardi, dans le département du Nord, deux mineurs de 16 ans ont été interpellés par la DGSI dans le cadre d’un projet d’attentat.
L’information a été confirmée par le parquet national antiterroriste.
Une enquête a été ouverte pour « association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime d’atteinte aux personnes » et pour « fabrication non autorisée d’explosifs en relation avec une entreprise terroriste ».
Selon les éléments communiqués, l’un des deux adolescents a reconnu avoir envisagé une action violente.
La cible évoquée : un centre commercial ou une salle de concert à Lille.
Il projetait d’utiliser une arme à feu qu’il envisageait de dérober. Les faits sont établis. Les intentions assumées.
Le parquet précise que le jeune homme nourrissait « une forme de fascination pour la propagande et les figures djihadistes ». Une radicalisation idéologique claire, assumée, revendiquée lors des auditions.
Ce dossier illustre une réalité inquiétante : la radicalisation islamiste touche désormais des profils de plus en plus jeunes.
Le terrorisme ne recrute plus seulement dans les marges adultes, mais dans l’adolescence.
À 16 ans, ces deux mineurs étaient déjà dans une logique de passage à l’acte.
Une dérive que les services de renseignement ont, cette fois, pu stopper à temps.
Fabrication de TATP : un explosif utilisé le 13 novembre
Les investigations ont révélé un élément particulièrement grave. L’un des deux mineurs avait commencé la fabrication de TATP.
Le TATP, ou peroxyde d’acétone, est un explosif artisanal extrêmement instable. Il a notamment été utilisé lors des attentats du 13 novembre 2015 en France.
Cette substance composait les ceintures explosives des terroristes du Bataclan et des commandos parisiens. Elle a également été employée lors des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Selon le parquet national antiterroriste, l’adolescent a reconnu avoir acquis des produits chimiques.
Objectif : réaliser à son domicile des tests de combustion.
Nous ne sommes plus dans le fantasme numérique. Nous sommes dans la matérialité d’un processus terroriste.
Produits achetés. Manipulations engagées. Volonté assumée.
Le TATP est prisé des organisations djihadistes pour sa relative facilité de fabrication.
Mais il reste d’une instabilité redoutable, mettant en danger son manipulateur et son entourage immédiat.
Le passage de la radicalisation idéologique à la préparation technique constitue un seuil critique.
Ce seuil avait été franchi.
Un rajeunissement confirmé de la menace terroriste
Le second mineur est soupçonné d’avoir contribué à renforcer la radicalisation du principal mis en cause. Il avait connaissance du projet.
Les deux adolescents ont été placés en garde à vue pendant 96 heures dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret. À l’issue de cette mesure, une information judiciaire a été ouverte.
Le parquet a requis la mise en examen des deux mineurs. Pour le plus radicalisé, un placement en détention provisoire a été demandé.
Pour le second, un placement sous contrôle judiciaire a été requis. La justice antiterroriste suit son cours.
Le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, avait alerté ces derniers mois sur « un très net rajeunissement des personnes mises en cause » dans les dossiers terroristes.
Les faits de Lille confirment ce diagnostic : la menace est polymorphe.
Elle peut surgir d’un adulte radicalisé sorti de prison. Ou d’un adolescent fasciné par la propagande djihadiste en ligne.
La semaine précédente, une attaque au couteau visant des gendarmes à Paris avait déjà ravivé les inquiétudes sur le suivi des individus radicalisés. L’actualité impose lucidité et fermeté.
Ce dossier rappelle une évidence : la vigilance des services de renseignement demeure la première ligne de défense. Sans l’action de la DGSI, le projet aurait pu évoluer vers un drame.
La France reste une cible déclarée des mouvances islamistes. La lutte antiterroriste exige constance, moyens et clarté.
À Lille, un attentat a été évité. Mais le signal est clair : la radicalisation des mineurs n’est plus une hypothèse, c’est une réalité judiciaire.
Face à cette évolution, l’État assume sa mission régalienne. Protéger. Prévenir. Neutraliser.
Le combat contre le terrorisme islamiste ne faiblit pas. Il change de visage.

