Pénurie médicale : la riposte venue de l’Hexagone

Le 20 février, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a officiellement accueilli la première mission de professionnels de santé mise à disposition par l’Ordre de Malte France, dans le cadre de la convention signée le 22 août 2025 avec l’État.
Autour de la table, Claude Gambey, membre du gouvernement chargé de la santé, et le haut-commissaire de la République, Jacques Billant, ont salué une opération qualifiée d’« absolument nécessaire » pour répondre aux besoins urgents du territoire.
Cette convention tripartite entre l’État, le gouvernement calédonien et l’Ordre de Malte vise un objectif clair : renforcer l’accès aux soins dans les zones les plus fragiles.
Dans un contexte de pénurie persistante de soignants, notamment en province Nord, dans les îles et sur la côte Est, l’exécutif territorial assume une stratégie pragmatique : faire appel aux solidarités nationales.
Une réponse opérationnelle à la pénurie médicale
La mission se compose de cinq professionnels venus de l’Hexagone : trois infirmiers, une chirurgienne-dentiste et un médecin généraliste.
Ils sont déployés pour une durée de trois mois, avec un roulement prévu tous les trimestres pendant un an, durée de la convention.
Cette organisation permet d’assurer une continuité des prises en charge sans perturber l’équilibre des structures locales.
L’équipe interviendra dans les trois provinces, au sein des centres médico-sociaux (CMS), des unités provinciales d’action sanitaire et sociale (UPASS), des dispensaires ainsi qu’au Centre hospitalier du Nord.
Pour Claude Gambey :
l’accueil de l’équipe de soignants aujourd’hui représente l’aboutissement de la convention-cadre signée avec l’État.
Les îles manquent prioritairement de médecins. Le Nord, lui, nécessite davantage de personnel paramédical, notamment des infirmiers.
Parmi les volontaires figure Patrick Biason, médecin généraliste récemment retraité. Déjà présent sur le territoire entre 1983 et 1985 dans le cadre de l’aide technique, il effectue un retour quarante ans plus tard.
Étant récemment retraité, je cherchais à savoir s’il y avait des besoins. Lorsque l’opportunité s’est présentée, je me suis dit qu’il fallait y aller, a-t-il confié.
Un engagement personnel qui illustre une réalité simple : la solidarité nationale ne se décrète pas, elle s’incarne.
Un déploiement progressif et structuré
Le calendrier d’intervention est précis. La mission débute à Maré à compter du 23 février. Elle se poursuivra à Ouvéa.
À partir du 23 mars, l’équipe interviendra en province Nord puis, dès le 20 avril, en province Sud, notamment à Thio, Bourail et La Foa. Ce déploiement progressif vise à sécuriser les conditions d’intervention : hébergement, mobilité, coordination locale. Chaque étape est organisée en lien avec les provinces.
La direction des Affaires sanitaires et sociales (DASS) de la Nouvelle-Calédonie assure la coordination opérationnelle. Elle établit le planning des personnels. Elle dispense également une formation préalable sur les spécificités sanitaires et organisationnelles du territoire.
Cette phase de préparation permet de présenter les réalités locales. Elle rappelle les modalités de coordination avec les structures existantes. Elle sécurise les aspects logistiques. Elle précise les procédures nécessaires au bon fonctionnement du dispositif.
L’objectif est clair : intégrer ces professionnels sans désorganiser l’offre existante.
Il ne s’agit pas de substituer des équipes extérieures aux soignants calédoniens. Il s’agit d’un appui complémentaire, ciblé et temporaire.
Un partenariat encadré et financé par l’État
La mission repose sur un cadre formalisé entre la Nouvelle-Calédonie, l’État et l’Ordre de Malte. Ce cadre garantit une intervention coordonnée et sécurisée.
L’État finance l’opération à hauteur de 163 218 377 francs, soit 1 367 770 euros. Cette subvention est versée à la Nouvelle-Calédonie pour couvrir les coûts liés au dispositif.
Pour le haut-commissaire Jacques Billant :
il s’agit de répondre aux besoins urgents des Calédoniens.
Un comité de suivi associant les trois partenaires se réunira au minimum chaque trimestre.
Sa mission : dresser un bilan des actions menées, réajuster le dispositif si nécessaire et tracer les perspectives pour le trimestre suivant.
Ce suivi régulier traduit une volonté de pilotage rigoureux des fonds publics.
Dans un territoire confronté à des tensions budgétaires et à des difficultés d’organisation des soins, l’enjeu est double : garantir l’efficacité immédiate et préparer l’avenir.
La venue de soignants métropolitains ne règle pas à elle seule les défis structurels, mais elle répond à une urgence. Elle traduit une coopération assumée entre l’État et la collectivité. Elle démontre que, face aux besoins sanitaires, la République ne se dérobe pas.
Dans les îles, dans le Nord, sur la côte Est, l’accès aux soins n’est pas un slogan. C’est une exigence.
Et cette mission, encadrée, financée et évaluée, en constitue aujourd’hui l’expression la plus concrète.
En matière de santé publique, les faits priment sur les postures. La première équipe de l’Ordre de Malte est désormais à pied d’œuvre. Le terrain jugera.
(Crédit photo de couverture : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)

