Je me réveille et le pays se vide

Je me réveille.
Et j’apprends qu’on a marché en silence.
Pour Joëlla.
À Sainte-Marie.
Une marche blanche.
Des familles. Des amis.
La communauté LGBT.
La communauté wallisienne.
Des anonymes.
Et Rainbow L’Union en tête. (à confirmer selon le nom officiel)
On dit « dignité ».
On dit « mémoire ».
On dit violences contre les personnes trans.
Et moi je me dis qu’en 2026, on marche encore pour avoir le droit d’exister.
Des jeunes trans parlent de peur.
De leur sécurité.
De leur vie.
On leur répond : « cas isolé ».
Mais ça existe.
Même ici.
Même sur le caillou.
Pas un nuage de Bisounours.
Un aumônier venu du Grand Est.
Un message simple :
Chacun a droit à la vie.
Ça paraît évident.
Donc ça ne l’est pas.
« Ne soyez plus laxistes. »
« Erreur fatale. »
Les mots claquent.
L’émotion déborde.
Miss Fortune demande :
Qu’est-ce qu’il faut faire ?
Éduquer.
Accepter la différence.
Se remettre en question.
À l’école.
Au travail.
À l’hôpital.
Partout.
Je me dis que ça fait beaucoup de « il faut ».
Pendant ce temps, l’UPK réunit 150 militants à Nouméa.
Objectif : bloquer l’accord de Bougival.
Avant le Sénat.
Avant qu’il ne soit trop tard.
Encore une bataille.
Au Mont-Dore, Annie Qaeze lance sa liste.
« Retisser les liens. »
Joli slogan.
On en aurait bien besoin.
Les aérodromes ferment.
Aircal annule tout.
Mobilisation.
Colère.
Retour à la normale demain.
Peut-être.
L’ISEE annonce que la Nouvelle-Calédonie perd des habitants.
Première fois depuis 80 ans.
Moins 7 000 habitants.
Des jeunes qui partent.
Des écoles qui se vident.
Des bases fiscales qui fondent.
On appelle ça un « changement de cycle ».
Moi j’appelle ça un signal.
Au Salon de l’Agriculture, on vend la Brahmane calédonienne.
« La meilleure viande du monde. »
Macron arrive.
600 000 visiteurs.
On espère qu’il goûtera.
Nous aussi, on aimerait qu’il goûte à nos réalités.
À Wallis-et-Futuna, moins 23 % en vingt ans.
En Martinique, on parle de catastrophe démographique.
Partout la même question :
Qui reste ?
Qui part ?
Et qui décide ?
Et pendant qu’on compte les habitants,
on compte aussi les morts.
Joëlla ne reviendra pas.
La marche s’est dispersée.
Les bougies se sont éteintes.
Les discours se sont tus.
Il reste le silence.
Et cette phrase qui tourne en boucle :
On n’a pas le droit d’ôter la vie.
Visiblement, certains n’ont pas eu le mémo.
Bref.

