Délinquance numérique : l’État débordé ?

En 2025, la délinquance change de visage. Selon le dernier rapport Interstats du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, 453 200 crimes et délits liés au numérique ont été enregistrés par les forces de sécurité.
C’est 14 % de plus qu’en 2024. Une progression nette, continue, et préoccupante.
Ces chiffres proviennent de la publication « Interstats Info Rapide n°60 » (février 2026), fondée sur les données provisoires 2025 de la police et de la gendarmerie nationales. Ils concernent exclusivement les crimes et délits, à l’exclusion des contraventions.
Derrière ces données, une réalité : la criminalité numérique s’installe durablement dans le paysage français.
Une explosion des atteintes aux biens en ligne
En 2025, les services de sécurité ont enregistré 280 500 atteintes aux biens commises à l’aide d’un outil numérique.
Cela représente une hausse de 14 % sur un an. Escroqueries, arnaques, détournements de moyens de paiement : le portefeuille des Français reste la cible privilégiée.
Parmi ces 280 500 faits, 58 300 plaintes ont été déposées via la plateforme Thésée, dédiée aux e-escroqueries. Créée en mars 2022, cette plateforme a profondément modifié les modalités de signalement.
En intégrant les plaintes Thésée, les atteintes numériques aux biens ont progressé de 53 % entre 2021 et 2025. Même hors Thésée, la hausse atteint 21 % sur la période.
En clair : l’arnaque en ligne est devenue un phénomène de masse.
Les victimes majeures d’atteintes numériques aux biens sont réparties équitablement entre hommes et femmes (50 % de femmes). Les plus de 45 ans sont légèrement plus exposés (54 %) que les 18-44 ans (46 %).
Le numérique n’épargne personne. Il frappe sans distinction sociale, géographique ou générationnelle.
Cyberviolences : les femmes en première ligne
Les atteintes numériques à la personne progressent elles aussi : +13 % en un an. Elles représentent 33 % de l’ensemble des infractions numériques enregistrées en 2025. Harcèlement en ligne, menaces, injures, discriminations : le champ est vaste.
Un chiffre interpelle : 65 % des victimes majeures d’atteintes numériques à la personne sont des femmes. Chez les mineurs, 67 % des victimes sont des filles. Les femmes de 18 à 44 ans représentent à elles seules 49 % des victimes majeures de ce type d’atteinte, alors qu’elles ne constituent que 20 % de la population majeure. Les données montrent également que 86 % des victimes d’atteintes numériques sont de nationalité française.
Côté auteurs, 86 % des personnes mises en cause pour des atteintes numériques sont majeures. En 2025, 100 700 personnes physiques ont été mises en cause pour une infraction liée au numérique. Parmi les 14 200 mineurs mis en cause, 71 % le sont pour des atteintes à la personne.
Le cyberharcèlement et les violences numériques ne sont donc pas un simple phénomène marginal.
Ils traduisent une mutation profonde des comportements.
Attaques contre les institutions et systèmes informatiques
Les atteintes numériques aux institutions progressent encore plus vite : +19 % en un an. Elles représentent 5 % des infractions numériques enregistrées. Les publications de contenus haineux, les atteintes à la sûreté de l’État, les infractions financières ou terroristes impliquant des outils numériques : la menace s’étend.
Les infractions à la législation spécifique au numérique augmentent de 4 % en 2025. Elles concernent notamment le droit d’auteur, le RGPD ou la loi pour la confiance dans l’économie numérique.
Enfin, 17 600 atteintes aux systèmes de traitement automatisé des données (ASTAD) ont été enregistrées en 2025, soit +4 % sur un an. Ces infractions visent directement les systèmes informatiques : intrusion, sabotage, mise hors service.
Elles constituent le haut du spectre de la délinquance numérique.
Sur la période 2016-2025, le nombre total d’infractions numériques augmente en moyenne de 12 % par an. Le phénomène n’est donc ni conjoncturel ni ponctuel.
Il s’inscrit dans une dynamique structurelle.
Les chiffres sont clairs. La criminalité numérique s’intensifie. Elle touche aux biens, aux personnes et aux institutions.
Face à cette montée en puissance, l’enjeu n’est plus de savoir si le numérique est un nouveau terrain criminel. Il l’est déjà.

