À force de réclamer l’intervention de Paris à chaque crise locale, la Nouvelle-Calédonie entretient une dangereuse illusion.
L’État n’est ni un guichet automatique ni un assureur universel des blocages politiques et syndicaux.
Une mobilisation sociale sous tension, symptôme d’un modèle à bout de souffle
Ce lundi 12 janvier, les contracteurs et entreprises sous-traitantes de la Nickel Mining Company (NMC) se sont mobilisés devant plusieurs centres miniers, notamment à Poya, le long de la RT1. Camions alignés, moteurs à l’arrêt, mais circulation globalement préservée : la démonstration se voulait visible sans basculer dans le chaos.
Plus de 500 salariés et sous-traitants, appuyés par une centaine de camions, ont bloqué l’accès aux sites de Poya et de Kaala-Gomen. À l’origine du mouvement, une inquiétude réelle : la situation financière critique de la NMC et la crainte d’une cessation de paiements dès le 20 janvier. En ligne de mire, une revendication centrale : un prêt garanti par l’État à hauteur de quatre milliards de francs CFP.
Le syndicat Contrakmine, par la voix de Victor Nemoadjou, dénonce une absence de réponse des autorités nationales et une différence de traitement avec d’autres acteurs du nickel. Le discours est rodé : l’État aide ailleurs, donc il devrait aider ici aussi. Une logique émotionnelle, mais juridiquement et politiquement discutable.
Une réalité juridique incontournable : la NMC relève d’abord de la province Nord
La NMC n’est pas une entreprise privée ordinaire abandonnée à son sort. Elle est détenue à 51 % par la SMSP, elle-même bras économique de la province Nord, collectivité dotée de compétences larges en matière économique et minière. Ce fait est central et trop souvent occulté dans le débat public.
La Nouvelle-Calédonie bénéficie d’un statut d’autonomie étendu, avec des provinces puissantes, responsables de leur stratégie industrielle. Dans ce cadre, il n’appartient pas à l’État de se substituer systématiquement aux actionnaires publics locaux lorsque leurs choix, leurs blocages ou leurs contradictions fragilisent une entreprise.
Claire Durrieu, directrice de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie, l’a rappelé sans détour : l’État soutient déjà la NMC via la défiscalisation nationale et accompagne les discussions par l’intermédiaire du Ciri. Mais elle le précise clairement :
tous les leviers ne dépendent pas de l’État.
Traduction politique : les élus calédoniens doivent assumer leurs responsabilités.
Demander à Paris d’être garant financier, tout en refusant de régler les causes locales des difficultés, relève d’une forme de défausse institutionnelle. La solidarité nationale ne peut pas servir de cache-misère à l’irresponsabilité territoriale.
Blocages, contradictions politiques et chantage social
Le cœur du problème est connu. La NMC ne s’est pas effondrée sous le poids du marché mondial. Elle a été asphyxiée par des blocages répétés, notamment à Nakéty et Kouaoua. Dix-sept mois d’arrêt sur certains sites, une production réduite à 70 %, une trésorerie laminée, des sous-traitants étranglés.
Ces blocages ne sont pas tombés du ciel. Ils proviennent de zones coutumières et de mouvances politiques alignées sur l’indépendantisme, qui ont imposé un rapport de force durable. Aujourd’hui, le contraste est saisissant : les mêmes sphères syndicales et politiques proches du FLNKS, après avoir paralysé l’outil de travail, exigent que l’État intervienne pour sauver les emplois menacés.
La contradiction est flagrante. On bloque l’économie, on empêche la production, puis on réclame l’argent public national pour réparer les dégâts. Vouloir le beurre, l’argent du beurre et le reste, au mépris de toute cohérence économique, ne peut constituer une stratégie durable.
Les salariés, eux, paient le prix fort. Ils ne sont ni responsables des blocages ni des calculs politiques. Mais le chantage social exercé sur l’État est réel : faire porter à Paris la facture de décisions locales assumées ailleurs.
Responsabilités locales et vérité politique
La NMC emploie 650 salariés directs et près de 2 000 sous-traitants, répartis sur quatre sites miniers alimentant une usine métallurgique en Corée du Sud. L’enjeu est majeur pour les communes minières. Mais précisément pour cette raison, la province Nord, actionnaire majoritaire, est la première responsable de la survie de l’entreprise.
L’État peut accompagner, faciliter, arbitrer. Il ne peut pas guérir tous les maux de la Nouvelle-Calédonie, surtout lorsqu’ils résultent de blocages internes, de conflits coutumiers instrumentalisés et de stratégies politiques assumées. L’autonomie implique la responsabilité.
Refuser cette réalité, c’est entretenir une dépendance malsaine et une victimisation permanente. La NMC mérite des solutions sérieuses, structurelles et locales. Pas un chèque en blanc national pour compenser des choix politiques que certains refusent d’assumer.

















