À chaque début de saison cyclonique, la mémoire collective calédonienne se réveille brutalement.
Car ici, le risque n’est ni théorique ni abstrait : il est historique, mesuré et vécu.
Niran, Erika, Dovi : la mémoire calédonienne forgée par les tempêtes
Tous les Calédoniens se souviennent de Niran, en mars 2021.
Un cyclone de catégorie 5, le maximum sur l’échelle, avec des rafales enregistrées à 285 km/h. Le territoire était alors placé en alerte 2, dans une atmosphère de tension palpable, mêlant anxiété et discipline collective.
Les autorités parlaient d’un phénomène exceptionnel, comparable uniquement à Erika, en mars 2003. À l’époque, la tempête avait causé deux morts, treize blessés et des milliards de francs CFP de dégâts. Ces chiffres ne relèvent pas de l’émotion : ils sont factuels, documentés, et rappellent une réalité simple la Nouvelle-Calédonie n’est pas un territoire épargné.
Depuis, le pays a subi le cyclone Dovi en février 2022, puis les dépressions tropicales Fili (avril 2022) et Gabrielle (février 2023), qui ont touché ou frôlé les côtes calédoniennes. Aucun de ces épisodes ne peut être minimisé : chacun a mis à l’épreuve la résilience des infrastructures, la préparation des familles et la réactivité des pouvoirs publics.
Un accord rare des modèles météo : un risque crédible à court terme
Aujourd’hui, les signaux météorologiques convergent.
C’est un point clé, rarement observé : les modèles européens, américains et néo-zélandais sont alignés. Longtemps divergents, ils pointent désormais vers une même trajectoire et une intensification potentielle d’un phénomène tropical susceptible d’impacter la Nouvelle-Calédonie d’ici la fin de semaine.
Le risque d’un impact direct ou très proche des côtes est jugé plausible par les spécialistes. Cela ne relève ni de la panique ni du sensationnalisme, mais d’une lecture prudente et responsable des données scientifiques disponibles.
Refuser de voir ces signaux serait une erreur. Les prendre au sérieux, en revanche, n’implique ni hystérie ni catastrophisme. Cela impose simplement de renouer avec un principe fondamental : l’anticipation.
Prévention, discipline et responsabilité : la doctrine calédonienne face aux cyclones
En Nouvelle-Calédonie, la saison cyclonique s’étend de novembre à avril. Même en l’absence de menace immédiate, les autorités rappellent l’importance d’adopter les bons réflexes en amont.
La sécurité civile recommande des gestes simples mais essentiels :
– nettoyer les abords de son logement, élaguer les arbres, dégager les gouttières ;
– retirer les objets extérieurs pouvant devenir des projectiles ;
– vérifier la solidité des toitures et des ouvertures ;
– préparer un kit d’urgence : eau, nourriture, papiers, radio, médicaments, lampe et piles.
Le dispositif officiel repose sur une procédure d’alerte cyclonique claire, pilotée par la sécurité civile et déclenchée sur la base des bulletins de Météo-France Nouvelle-Calédonie. Dès qu’une dépression tropicale forte pénètre la zone d’avertissement, le mécanisme ORSEC peut être activé.
La pré-alerte cyclonique invite à suivre l’évolution du phénomène, à limiter les activités extérieures, à constituer des réserves, à sécuriser les habitations et à renoncer à toute sortie en mer.
L’alerte de niveau 1 marque une montée en puissance : arrêt progressif des activités non essentielles, retour vers les lieux de résidence, sécurisation renforcée des biens, protection des documents personnels et mise à l’abri des animaux.
L’alerte de niveau 2 impose le confinement strict. Les déplacements sont interdits ; la priorité devient la protection des personnes, loin des ouvertures, dans les zones les plus résistantes des habitations ou dans les abris publics désignés.
Enfin, la phase de sauvegarde appelle au sang-froid : déplacements limités, respect des interdictions, vigilance face aux réseaux électriques, contrôle de l’eau potable et participation encadrée aux actions de solidarité.
Depuis 2018, la réglementation est claire : cessation d’activité professionnelle deux heures avant l’alerte 2, avec une obligation pour chaque entreprise d’anticiper la mise en sécurité de ses salariés.
Quand les tempêtes réveillent aussi les blessures récentes
À Nouméa, certains habitants ne peuvent s’empêcher de penser à la salle omnisports Anewy, détruite en 2025 à la suite des émeutes du 13 mai 2024. Ce bâtiment servait autrefois de lieu de refuge lors des épisodes cycloniques. Sa disparition rappelle une vérité dérangeante : l’ordre public, la sécurité civile et la protection des populations sont indissociables.
Face aux cyclones, la Nouvelle-Calédonie a toujours su faire preuve de discipline, de solidarité et de lucidité. Ce n’est ni la peur ni la victimisation qui protègent, mais la préparation, le respect des consignes et la responsabilité individuelle.
Les cyclones ne préviennent pas.
Mais ici, personne ne pourra dire qu’on ne savait pas.


















