ALERTE. Sous la menace de deux motions de censure, le Premier ministre demande à Beauvau de se tenir prêt pour des législatives anticipées.

Ni Matignon, ni l’Élysée ne s’attendaient à une telle « dinguerie ». Deux motions de censure déposées en pleine discussion budgétaire au prétexte de l’adoption par l’Union européenne du Mercosur et… de l’intervention américaine au Venezuela ! Ainsi Sébastien Lecornu aurait sans doute dû s’inspirer de la prise d’assaut du Capitole en assiégeant Bruxelles pour kidnapper Ursula von der Leyen, ou aller tordre le bras de Donald Trump dans le Bureau ovale, pour éviter la censure.
En réponse à la « dinguerie » d’oppositions qui cherchent à le ramener dans la mélasse politicienne, Lecornu a répliqué en rappelant la règle édictée en accord avec le président : « S’il y a censure, il y a dissolution. » Et pour que ce soit clair pour tout le monde, Matignon a demandé à Beauvau de préparer l’hypothèse d’élections législatives calées sur les dates des municipales (15 et 22 mars). Le Premier ministre n’est pas dupe, si RN et LFI ont dégoupillé en fin de semaine, c’est parce que les discussions budgétaires progressent.
Des progrès concrets
Amélie de Montchalin qui a reçu les forces politiques mardi à Bercy s’est fendue d’un coup de fil au Premier ministre pour lister des progrès concrets, notamment avec les socialistes. À l’inverse du PLFSS, dominé par le totem de la réforme des retraites, la forêt budgétaire, composé de petits arbustes impose un travail plus fastidieux, que Sébastien Lecornu veut conduire à son terme, malgré les mauvais coucheurs écologistes et communistes. Eux ont refusé de se rendre à Bercy pour travailler sur le budget. « Si les écolos ne viennent pas défendre concrètement les enjeux environnementaux quand ils ont l’occasion d’engranger des gains, ils peuvent rendre leurs salaires au Trésor public ! » s’agace-t-on dans l’entourage de l’exécutif.
Lecornu maintient le « black-out » sur l’issue des débats
Arbuste après arbuste, le botaniste Lecornu maintient le black-out sur l’issue des débats. 49.3 ou ordonnance ? « Tourner en boucle sur l’outil de sortie relève de la débilité », cingle un conseiller. La méthode Lecornu repose sur le dialogue, le travail : que chacun choisisse son arbuste et accepte d’en laisser à d’autres pour parvenir à un jardin budgétaire bien ordonné, à la française. Mardi, les débats s’ouvriront sur une broussaille récalcitrante : le budget des collectivités locales. Avant la saison des élections municipale et sénatoriale, Matignon identifie là un obstacle auquel il est urgent de s’attaquer. Le gouvernement table sur un effort d’économie de 3,5 milliards d’euros, le Sénat, dans sa grande mansuétude, prévoyait non seulement d’annuler les économies, mais aussi de revoir à la hausse leur budget…
À peine le débat aura-t-il repris que les motions de censure suspendront les travaux. Socialistes et LR savent à quoi s’en tenir, eux qui sont divisés sur la prise de risque d’un retour aux urnes. Sébastien Lecornu, fidèle à son image de père tranquille, attend de voir ce qu’il se passe, convaincu que si les partisans du désordre rappellent les Français aux urnes, ces derniers, fatigués de débats budgétaires sans fin, leur rendront la monnaie de leur pièce.
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