À 17 000 kilomètres de Paris, la Nouvelle-Calédonie vit suspendue à une séquence politique décisive. Ce vendredi 16 janvier, le président de la République réunit à l’Élysée l’ensemble des forces politiques calédoniennes afin de donner suite à l’accord de Bougival du 12 juillet. Toutes ont répondu présentes, à l’exception notable du FLNKS, qui a décliné l’invitation puis a accepté une visioconférence. Une absence lourde de sens, alors que l’exécutif affiche sa volonté de « clarifier » un texte présenté, quelques mois plus tôt, comme historique.
Selon l’Élysée, « l’objectif est de parvenir à un document qui apporterait des éclaircissements, des clarifications, des explications à l’accord du 12 juillet sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ».
Un rendez-vous à l’Élysée sous haute surveillance
La réunion plénière de ce vendredi ouvre un week-end entier de discussions politiques, présidées par Naïma Moutchou. Officiellement, il ne s’agit pas de renégocier, mais de préciser. Officieusement, beaucoup redoutent une réécriture déguisée.
Car l’accord de Bougival n’est pas un simple cadre technique. À l’issue de mois de négociations, il a été qualifié par le chef de l’État lui-même de « texte historique », engageant durablement l’avenir institutionnel du territoire.
Un proche du dossier résume l’enjeu sans détour :
Bougival n’est ni un brouillon, ni un document amendable au gré des pressions politiques
Le paradoxe du FLNKS : refus politique, demande de visioconférence
Dernier rebondissement dans cette séquence déjà tendue : après avoir décliné l’invitation officielle à se rendre à l’Élysée, le FLNKS sollicite désormais une participation en visioconférence aux discussions. Une posture qui interroge jusqu’au sommet de l’État.
On ne peut pas refuser une réunion au nom d’un principe, puis demander à y participer autrement quand le cadre ne change pas
confie un proche de l’exécutif. Pour plusieurs responsables politiques, cette demande tardive relève moins d’un empêchement logistique que d’une stratégie politique assumée, visant à dénoncer le processus tout en cherchant à en influencer l’issue. Un élu EPR résume sèchement :
On ne peut pas être à la fois dans le boycott et dans la négociation
Cette séquence alimente l’idée, déjà très présente dans les rangs gouvernementaux, d’un mouvement indépendantiste pris entre la pression de sa base et la crainte d’apparaître marginalisé dans une discussion décisive pour l’avenir institutionnel du territoire.
Bougival, clef de voûte de la stabilité politique
Pour ses défenseurs, l’accord constitue le seul chemin réaliste vers la paix et l’unité. Il prévoit la création d’un État de Nouvelle-Calédonie et d’une nationalité calédonienne, poussant l’autonomie à son point d’équilibre maximal au sein de la République française.
Un parlementaire résume la philosophie du texte :
Il donne enfin un cadre clair aux compétences de l’État et du territoire, tout en garantissant l’engagement durable de la France
Dans un territoire marqué par des années d’instabilité, la stabilité institutionnelle n’est pas une abstraction.
La stabilité apportée par l’accord de Bougival a une valeur inestimable
insiste un élu engagé dans les discussions.
Pacifique : le facteur géopolitique impossible à ignorer
Au-delà du débat institutionnel, Bougival s’inscrit dans un contexte stratégique plus large. Le Pacifique est devenu un espace de concurrences de puissances, où la France reste une cible assumée.
Reculer en Nouvelle-Calédonie, c’est l’offrir à la Chine
alertent plusieurs signataires du texte. Les pressions chinoises, qualifiées de « de plus en plus fortes et sérieuses », inquiètent jusque dans les rangs de la majorité présidentielle.
Un élu EPR le martèle :
Sans la France, la Nouvelle-Calédonie ne pourrait pas résister et se retrouverait rapidement sous un protectorat de fait
Sécurité intérieure et fin des cycles de violence
Les émeutes et tensions répétées ont profondément marqué la société calédonienne. Bougival est présenté comme un compromis de sortie de crise, capable de réduire durablement les tensions.
C’est le seul chemin pour mettre un terme à la spirale des violences qui gâchent la vie quotidienne des Calédoniens
souligne un député signataire. À l’heure où les investissements de l’État dans la justice et les forces de l’ordre sont déterminants, toute remise en cause de l’accord serait perçue comme un signal de faiblesse.
La stabilité institutionnelle conditionne la sécurité
rappelle un responsable politique.
Le dégel du corps électoral, ligne rouge démocratique
L’un des points les plus sensibles reste le dégel du corps électoral. Depuis près de trente ans, environ 40 000 Calédoniens sont exclus du vote provincial.
Pour les soutiens de Bougival, il s’agit d’un impératif démocratique :
Renoncer au dégel, ce serait renoncer à nos principes fondamentaux
Trois référendums ont confirmé la volonté majoritaire de rester français.
On ne peut ni piétiner la parole du peuple, ni donner une prime à la violence
insistent les élus.
Attal met en garde, l’exécutif sous pression
De retour d’un déplacement en Nouvelle-Calédonie, dix députés EPR ont tiré la sonnette d’alarme. Le président du groupe, Gabriel Attal, a clairement averti le chef de l’État contre toute modification de l’équilibre initial.
Dans leur texte commun, ils dénoncent « les hésitations répétées de l’exécutif » et le risque de « céder à ceux qui ont perdu par trois fois dans les urnes ».
Le boycott du FLNKS est interprété comme un signal politique fort.
C’est l’aveu d’une minorité qui préfère l’impasse et la rue à la démocratie et aux urnes
écrivent-ils.
Une responsabilité présidentielle engagée
À l’approche de nouvelles élections provinciales, le calendrier ajoute à la pression. Revenir sur Bougival serait, selon les signataires, « risquer la compromission plutôt que le compromis ».
L’État ne peut pas avoir la main qui tremble au moment de signer ce qu’il a lui-même négocié
préviennent les députés. Le message est limpide : appliquer tout l’accord, rien que l’accord.
Ce 16 janvier, l’Élysée ne joue pas seulement l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Il engage la crédibilité de la parole de l’État, la force de la démocratie et la place de la France dans le Pacifique.
Comme le résument les signataires :
Reculer sur Bougival, ce serait affirmer que la violence prime sur la démocratie
L’heure n’est plus aux hésitations. Parole tenue ou renoncement : le choix appartient désormais à l’État.
















