Je me suis réveillé tôt.
Enfin tôt pour ici.
J’ai allumé la radio.
J’ai compris que Paris ne dormait pas.
Et que nous, si.
Ils parlaient d’accord.
Toujours le même.
L’accord de Bougival.
J’ai entendu « clarifications ».
J’ai traduit par flou organisé.
J’ai appris que les délégations arrivaient à 4 h du matin.
Pour nous, c’était la nuit.
Pour eux, c’était la République.
Avec Emmanuel Macron.
Avec tout le monde autour.
Sauf ceux qui manquaient.
J’ai noté que l’absence du FLNKS était « regrettée ».
Pas bloquante.
Juste regrettée.
Comme un SMS sans réponse.
On disait qu’il fallait avancer.
Toujours avancer.
Même quand on ne sait pas où.
On répétait que l’esprit de Bougival n’était pas négociable.
Mais qu’on pouvait quand même tout préciser.
J’ai entendu parler d’autodétermination.
De loi fondamentale.
D’identité kanak.
De transferts de compétences.
J’ai hoché la tête.
Même si j’étais seul.
Puis la radio a changé de ton.
On est passé à l’économie.
Et là, c’était moins philosophique.
Les caisses sont vides.
Les retraites tiennent jusqu’à mai.
Après, on verra.
Le nickel va mal.
Très mal.
Mais pas assez pour arrêter d’en parler.
Juste assez pour inquiéter tout le monde.
Les patrons et les syndicats ont écrit une lettre.
Ensemble.
Ça arrive quand ça va vraiment mal.
Ils ont parlé de spirale de déclin.
Personne n’a ri.
On a évoqué les élections provinciales.
Encore.
Un possible report.
De quelques semaines.
Pour laisser le temps à la loi.
Ou à l’illusion.
On a parlé du corps électoral.
Gelé.
Toujours gelé.
Des gens là depuis 30 ans.
Qui ne votent pas.
Démocratie sous condition.
Ensuite, la météo.
Une perturbation.
Pas un cyclone.
Mais quand même assez pour rappeler
que même le ciel hésite.
À la fin, j’ai coupé la radio.
J’ai regardé autour de moi.
Rien n’avait changé.
Sauf mon café qui était froid.
Bref.
















