Quand Paris rouvre les dossiers calédoniens, certains visages réapparaissent toujours au premier rang.
À croire qu’en politique, même frappé par la justice, on ne disparaît jamais vraiment.
Un retour parisien qui interroge la décence républicaine
Samedi 17 janvier 2026, à 4 heures du matin, heure calédonienne, les discussions s’ouvrent à Paris, au palais de l’Élysée.
Trois jours d’échanges sous l’égide du président de la République, Emmanuel Macron, autour du très sensible accord de Bougival.
Parmi les silhouettes aperçues dans les hôtels feutrés de la République, Philippe Gomès. L’ancien député, tout sourire, parade à Paris. Comme si rien ne s’était passé.
Pourtant, la réalité judiciaire est implacable. Le 1er juillet, Philippe Gomès et son fidèle comparse Philippe Michel ont été condamnés. Quatre ans de prison pour l’un. Trois ans pour l’autre. Cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.
Le 6 décembre 2025, le Conseil d’État a tranché. Recours rejeté. Décision confirmée. Fin de partie institutionnelle.
Conséquence directe : la perte de leurs sièges au Congrès. Un couperet que beaucoup, dans le landerneau politique local, ont vu comme une fin de règne. Ils se sont trompés.
Condamné mais jamais discret : l’ego plus fort que la sanction
Car Philippe Gomès n’a jamais eu l’intention de quitter la scène. Dans un courrier resté célèbre, l’ancien président de la province Sud l’affirmait sans détour : il ne comptait pas « déserter » la vie politique.
La formule en dit long. Pour certains responsables, le pouvoir ne se transmet pas. Il se confisque, même quand la justice s’en mêle.
La décence aurait voulu autre chose. Une mise en retrait. Un silence. Une posture de responsabilité.
Un rôle d’influence discret, en coulisses. À la manière d’un père Joseph, murmurant à l’oreille de ses héritiers politiques, dont Philippe Dunoyer.
Mais non. L’attrait de la lumière est trop fort. La tentation parisienne irrésistible.
L’inéligibilité devient presque un passeport. Condamné, mais invité. Écarté du suffrage, mais présent dans les salons.
Pendant ce temps, à 20 000 kilomètres, la Nouvelle-Calédonie panse encore les plaies des émeutes du 13 mai 2024. Pouvoir d’achat en berne. Tensions sociales. Économie fragilisée.
Et au cœur de cette tempête, un ancien député se pavane comme s’il était blanc comme neige.
Un désaveu électoral clair, ignoré par ses anciens leaders
Les électeurs, eux, ont tranché depuis longtemps. Depuis 2019, Calédonie ensemble accumule les défaites. Scrutin après scrutin. Rejet après rejet.
Le message est limpide : stop. Stop à une ligne politique jugée brutale. Stop à une stratégie de la terre brûlée.
Stop à un leadership usé.
Philippe Gomès, longtemps présenté comme l’homme fort du camp non-indépendantiste, est devenu un symbole du rejet.
Un gourou politique que l’électorat a progressivement déserté.
Mais l’ego résiste là où la raison devrait s’imposer. La sanction judiciaire ne suffit pas. Le désaveu populaire non plus.
Alors que les Calédoniens demandent renouvellement, exemplarité et responsabilité, certains persistent à s’imposer. Comme si la République leur devait encore quelque chose.
La présence de Philippe Gomès à Paris, au moment même où se joue l’avenir institutionnel du territoire, pose une question simple : peut-on prétendre incarner l’avenir quand on est juridiquement disqualifié par le passé ?
En s’affichant ainsi, l’ancien député ne défie pas seulement la justice.
Il méprise le signal démocratique envoyé par les urnes.
Et rappelle, une fois encore, que pour certains responsables politiques, le pouvoir ne se quitte jamais vraiment même quand le peuple et les juges ont parlé.

















