Municipales en Calédonie : votez… ou assumez

Quand l’abstention devient un choix lourd de conséquences
En quelques phrases claires, presque martelées, on rappelle : « Tout le monde peut voter », « l’abstention ne doit pas gagner », « on ne peut pas dire que cette élection n’est pas politique ». Le message est direct. Et il a le mérite d’être honnête.
Les municipales en Nouvelle-Calédonie ne sont pas un simple scrutin de proximité : elles pèsent sur l’équilibre institutionnel du territoire.
Car oui, il est dit explicitement que les élus municipaux participent à l’élection des sénateurs. Et chacun sait que, dans le contexte institutionnel actuel, « être parlementaire en métropole, c’est important, primordial ». Ce n’est pas une formule. C’est un fait. Les décisions qui concernent l’avenir de la Nouvelle-Calédonie se discutent aussi à Paris.
La question est donc simple : peut-on encore se réfugier derrière l’idée que « les municipales, ce n’est pas politique » ? La réponse est non.
Municipales : un scrutin local… aux conséquences nationales
On insiste sur le faite qu': « On ne peut pas être ambigu ». Et on a raison. Dire que l’élection municipale ne serait qu’un débat de voirie ou d’animation culturelle, c’est feindre d’ignorer la mécanique institutionnelle.
Les conseils municipaux désignent des grands électeurs. Ces grands électeurs élisent les sénateurs. Les sénateurs votent les lois. Et ces lois engagent l’avenir du territoire.
Autrement dit : voter aux municipales, c’est aussi peser indirectement sur la représentation de la Nouvelle-Calédonie au Parlement français. Refuser de voir cette chaîne de conséquences, c’est se raconter une histoire confortable.
Et dans une période où l’avenir institutionnel du territoire reste sensible, chaque siège compte.
L’abstention : posture morale ou abandon stratégique ?
« L’abstention ne doit pas gagner ». Derrière cette formule, il y a une réalité que beaucoup préfèrent éviter : ne pas voter, c’est laisser les autres décider à votre place.
Certains invoquent la lassitude. D’autres la défiance. D’autres encore estiment que « ça ne changera rien ». Mais dans un système démocratique, le vide ne reste jamais vide. Il est rempli par ceux qui se mobilisent.
L’abstention peut sembler être un acte de protestation. En réalité, elle est souvent un cadeau fait aux plus organisés. Et dans un territoire où les équilibres politiques sont serrés, chaque point de participation peut modifier une trajectoire.
Il ne s’agit pas de donner une consigne partisane. Il s’agit de rappeler une évidence : le droit de vote n’est pas automatique dans l’histoire, mais il est automatique dans ses conséquences.
« Tout le monde doit, tout le monde peut voter. »
Ce message a une force : il ne masque pas les enjeux. Il ne minimise pas la portée du vote. Il ne prétend pas que « ce n’est qu’une élection locale ».
Et c’est peut-être cela qui dérange. Car reconnaître que tout est politique, c’est admettre que chacun porte une part de responsabilité.
Voter ou subir
On peut critiquer les candidats. On peut contester les programmes. On peut être lassé. Mais prétendre que le scrutin municipal serait neutre est une illusion.
L’avenir institutionnel ne se joue pas uniquement dans les grandes déclarations : il se joue aussi dans l’isoloir.
Alors la vraie question n’est pas « Est-ce politique ? »
La vraie question est : acceptez-vous que d’autres choisissent pour vous ?
