État de l’Union : Trump promet un “âge d’or”

Deux heures face au Congrès, des applaudissements nourris côté républicain et une opposition en embuscade.
Pour son retour à la tribune, le président américain a voulu frapper fort et imposer son récit.
Trois priorités affichées : économie, souveraineté, sécurité. Trois angles morts dénoncés par ses opposants : Minneapolis, Epstein, pouvoir d’achat.
Un « redressement historique » au cœur du discours
Mardi 24 février, devant le Congrès réuni en séance solennelle, Donald Trump a prononcé le plus long discours sur l’état de l’Union jamais enregistré : une heure et quarante-sept minutes.
À 21 h 00, heure de Washington, le président a déroulé un propos dense, discipliné, sans digressions majeures.
Notre nation est de retour meilleure, plus grande, plus riche, plus forte, a-t-il martelé, salué par les chants « USA, USA » des élus républicains.
Le chef de la Maison-Blanche a parlé d’« âge d’or » et de « transformation sans précédent ».
Sur l’économie américaine, il a dressé un bilan résolument positif. Selon lui, l’inflation « s’effondre ».
Il a cité la vigueur du marché boursier, la hausse de la production pétrolière et l’augmentation des investissements directs étrangers.
Il a également évoqué une dynamique favorable dans la construction et l’industrie.
Dans le même temps, les données gouvernementales montrent que les créations d’emplois industriels ont reculé et que la dynamique globale de l’emploi reste modeste.
Un sondage Reuters/Ipsos indique que 36 % des Américains approuvent sa gestion de l’économie,
et 47 % estiment que leur pouvoir d’achat s’est dégradé depuis son retour en janvier 2025.
Le président ne s’est toutefois pas attardé sur ces chiffres. Il a préféré mettre en avant la trajectoire globale et accuser son prédécesseur, Joe Biden, d’avoir laissé un pays affaibli.
À l’approche des élections de mi-mandat, au cours desquelles l’ensemble de la Chambre des représentants et une partie du Sénat seront renouvelés, le message est clair : consolider la majorité républicaine, aujourd’hui étroite dans les deux chambres.
Immigration, Iran, Venezuela : fermeté assumée
Sur l’immigration illégale, thème central de son second mandat, Donald Trump a revendiqué des résultats concrets.
Il a affirmé que le flux de fentanyl à la frontière avec le Mexique a diminué de 56 % en un an, un chiffre présenté comme un record.
Le président a salué l’action du département de la Sécurité intérieure et des forces fédérales.
Il a accusé les démocrates de bloquer les financements nécessaires à la poursuite de cette politique.
Dans l’hémicycle, la tension est montée. L’élue du Minnesota Ilhan Omar a crié :
Vous avez tué des Américains !
Elle faisait référence à deux fusillades controversées à Minneapolis impliquant des agents fédéraux de l’immigration.
Donald Trump n’a pas mentionné les décès de Renee Good et d’Alex Pretti, intervenus dans ce contexte.
Il est resté concentré sur la ligne qu’il défend depuis 2024 : sécurité des frontières, lutte contre le trafic de drogue, tolérance zéro.
Sur la scène internationale, le président a brièvement évoqué l’Iran.
Il a affirmé que Téhéran développe des missiles capables de menacer l’Europe et, « bientôt », les États-Unis.
Mais il a ajouté préférer « régler ce problème par la diplomatie ».
Une position de fermeté stratégique : dissuasion assumée, porte ouverte à la négociation.
Il a également affirmé avoir « mis fin » à huit guerres depuis son retour au pouvoir, sans détailler ces dossiers.
Concernant le Venezuela, depuis l’enlèvement du président Nicolás Maduro le 3 janvier à Caracas, les États-Unis auraient reçu plus de 80 millions de barils de pétrole vénézuélien, un élément présenté comme un atout énergétique dans un contexte mondial instable.
Fraude, Cour suprême et silence sur Epstein
Sur le front intérieur, Donald Trump a annoncé une « guerre contre la fraude ».
Il a confié la coordination de cette offensive à son vice-président, J. D. Vance.
Le président a cité le Minnesota, évoquant environ 19 milliards de dollars de fonds publics qui auraient été détournés par des membres de la communauté somalienne dans des programmes d’aide sociale.
Ces allégations s’inscrivent dans des enquêtes sur des fraudes aux aides publiques.
À quelques mois des élections de mi-mandat, il a également demandé au Congrès d’adopter sa réforme sur la fraude électorale.
Le texte prévoit l’obligation, pour chaque électeur, de présenter une pièce d’identité pour voter.
Un marqueur fort pour l’électorat conservateur, au nom de l’intégrité du scrutin.
Autre sujet sensible : les droits de douane. La Cour suprême a récemment invalidé une large partie des droits de douane dits « réciproques » instaurés par l’administration Trump.
Face aux juges présents, le président a qualifié cette décision de « très regrettable », tout en serrant la main des magistrats.
Enfin, un silence remarqué : l’affaire Jeffrey Epstein.
Des survivantes du trafic sexuel organisé par le financier étaient présentes dans l’assemblée.
Des élues démocrates arboraient des badges « Publiez les documents », en référence aux millions de pages du département de la Justice liées au dossier.
Donald Trump n’a pas évoqué le nom d’Epstein. Pas un mot non plus sur les controverses liées à d’anciennes relations sociales.
En près de deux heures, le président a donc choisi ses priorités : économie, immigration, souveraineté énergétique, lutte contre la fraude.
Dans un pays toujours polarisé, le message est limpide : revendiquer les succès, ignorer les polémiques, préparer les midterms.
Reste à savoir si ce récit d’un « redressement historique » convaincra au-delà du camp républicain.

