Musée en crise : fin de règne pour Laurence des Cars

Quatre mois après le spectaculaire vol des bijoux de la Couronne, la présidente du Musée du Louvre jette l’éponge.
Mardi 24 février 2026, Laurence des Cars a annoncé elle-même son départ, prenant de court ceux qui attendaient une communication officielle du ministère de la Culture.
Un départ sous pression politique et sécuritaire
La démission était attendue. Depuis plusieurs jours, son nom circulait comme celui d’une dirigeante fragilisée. Finalement, c’est elle qui a choisi d’annoncer son départ, après une discussion avec le président de la République, Emmanuel Macron.
L’Élysée a salué « un acte de responsabilité » dans un moment où l’institution « a besoin d’apaisement et d’une nouvelle impulsion forte ».
Dans son communiqué, la présidence insiste sur les « grands chantiers de sécurisation et de modernisation » à mener.
Le point de rupture remonte au 19 octobre 2025. Ce jour-là, huit bijoux de la Couronne française sont dérobés en plein jour, en utilisant un simple monte-charge.
Un braquage qualifié de « casse du siècle » par de nombreux médias. Un choc national pour un établissement symbole du patrimoine français.
Dès le lendemain, Laurence des Cars remet sa démission à la ministre de la Culture, Rachida Dati.
Refusée dans un premier temps.
Mais une enquête administrative est lancée. Ses conclusions sont sévères.
Rachida Dati évoque une « sous-estimation chronique et structurelle du risque d'intrusion et de vol ».
Elle pointe également un « sous-équipement des dispositifs de sécurité ».
Un rapport de l’Inspection générale du ministère de la Culture souligne plusieurs insuffisances majeures. Le sujet de la sécurité devient central.
Des rapports accablants et une gestion contestée
Début novembre, un autre document vient alourdir le dossier. La Cour des comptes publie un rapport critique.
Elle estime que le Louvre a « privilégié des opérations visibles et attractives » au détriment des investissements de sécurité. Un audit de 2017 avait déjà alerté sur le risque d’« atteinte » sécuritaire aux conséquences potentiellement « dramatiques ».
Plusieurs parlementaires s’inquiètent de la vétusté du PC sécurité. La question de la priorisation budgétaire est posée.
Au Sénat, fin octobre, Laurence des Cars reconnaît des failles.
Il ne s'agit nullement pour moi de me dérober, affirme-t-elle.
Elle admet : « Nous avons été mis en échec. » Une reconnaissance rare à ce niveau de responsabilité.
Mais la crise ne se limite pas au cambriolage. Depuis l’automne, les incidents se multiplient.
En novembre, une première inondation endommage plusieurs centaines d’ouvrages de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes. Deux semaines avant son départ, une nouvelle infiltration abîme un plafond peint à l’entrée du département des peintures.
La galerie Campana doit être fermée en raison d’un risque d’effondrement des planchers.
Autant d’événements révélateurs d’une vétusté structurelle préoccupante.
À cela s’ajoute une fraude à la billetterie. L’image du plus grand musée du monde est écornée.
Conflit social et projet contesté
En interne, la situation est explosive. Les personnels sont engagés depuis mi-décembre dans le plus long conflit social de l’histoire du musée.
Valérie Baud, représentante CFDT, évoque une « impasse du dialogue ». Elle parle d’une « véritable défiance d’une manière de gouverner ».
Les agents dénoncent leurs conditions de travail. Ils réclament des mesures concrètes, notamment sur la gestion du bruit dans les salles.
Le chef de l’État justifie la démission par un besoin d’« apaisement ». Un terme qui en dit long sur le climat interne. En toile de fond, le projet « Louvre – Nouvelle Renaissance ». Un programme ambitieux porté par Laurence des Cars.
Il prévoit des travaux structurels majeurs. Mais aussi une nouvelle entrée face à Saint-Germain-l’Auxerrois. Et la création d’une salle spécifique pour la Joconde. Coût estimé : plus d’un milliard d’euros.
Le financement n’est pas assuré en totalité. Le projet est critiqué en interne.
Selon Valérie Baud, la priorité doit aller au schéma directeur de rénovation technique. Elle juge le projet Grande Colonnade « démesuré » et « incompris ».
Le débat porte sur l’essentiel : sécurité et entretien avant prestige architectural. Une question de hiérarchie des priorités.
Le mandat de Laurence des Cars courait jusqu’à fin 2026. Il s’arrête brutalement.
L’Élysée indique toutefois que le président souhaite lui confier une mission dans le cadre de la présidence française du G7. Une mission axée sur la coopération entre grands musées.
Reste désormais à connaître le nom de son successeur. Un profil capable de restaurer l’autorité, de garantir la sécurité et de remettre de l’ordre.
Car au-delà des polémiques, une réalité s’impose : le Louvre incarne la France.
Et lorsque sa sécurité vacille, c’est l’image du pays qui est atteinte.

