Cartel CJNG : la chute du parrain

Deux décennies de cavale, des millions de dollars sur sa tête, un cartel tentaculaire.
Le Mexique vient d’abattre l’un des narcotrafiquants les plus puissants de la planète.
Une traque internationale qui s’achève dans le sang
Il était considéré comme l’un des criminels les plus recherchés au monde. Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a été tué dimanche 22 février lors d’une opération militaire à Tapalpa, dans l’État de Jalisco, à l’ouest du Mexique.
Âgé de 59 ans, le chef du CJNG a été blessé au cours de l’intervention des forces fédérales. Selon un communiqué de l’armée mexicaine, il est mort « pendant son transfert par voie aérienne vers Mexico ». Sept membres présumés du cartel ont également été abattus, deux autres arrêtés. Trois soldats ont été blessés.
Les forces armées affirment avoir saisi un arsenal de guerre comprenant notamment des lance-roquettes capables d’abattre des avions. Une démonstration supplémentaire du niveau d’armement de ces organisations criminelles.
La traque d’« El Mencho » mobilisait depuis des années les services de renseignement mexicains et américains. Les États-Unis offraient jusqu’à 15 millions de dollars pour toute information permettant sa capture. Les autorités américaines ont d’ailleurs fourni des « informations complémentaires » dans le cadre de l’opération.
À Washington, la réaction a été immédiate. Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, a salué « une grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier », évoquant l’un des narcotrafiquants « les plus sanguinaires ».
Le CJNG, une machine criminelle tentaculaire
Né en 1966 dans l’État du Michoacán, Nemesio Oseguera a commencé très tôt son parcours criminel. Il a séjourné en Californie avant d’être expulsé pour trafic de stupéfiants. De retour au Mexique, il rejoint une organisation liée au cartel de Sinaloa, avant de fonder à la fin des années 2000 un groupe baptisé « Matas Zetas », devenu par la suite le cartel Jalisco Nueva Generación.
En une quinzaine d’années, le CJNG s’est imposé comme l’organisation criminelle la plus puissante du Mexique selon de nombreux analystes. Implanté dans les 32 États du pays, il a profité de la fragmentation d’autres cartels et de l’arrestation de figures historiques comme « El Chapo » pour étendre son emprise.
Le cœur de son activité repose sur le trafic de fentanyl et de méthamphétamine, produits dans des laboratoires clandestins. Mais le CJNG s’est aussi diversifié : extorsion, traite d’êtres humains, infiltration de secteurs agricoles et touristiques pour blanchir l’argent.
Sa force tient autant à sa puissance financière qu’à son armement. Le journal La Jornada soulignait récemment que les cartels de Jalisco et de Sinaloa figuraient parmi les plus gros employeurs du pays après l’État mexicain lui-même. Une réalité glaçante qui témoigne de l’emprise structurelle du narcotrafic sur certaines régions.
Barrages en flammes et pays sous tension
La mort d’« El Mencho » a déclenché une vague de violences dans plusieurs États : Jalisco, Michoacán, Guanajuato, Puebla, Sinaloa. Des hommes armés ont dressé des barrages avec des véhicules incendiés, bloqué des axes routiers et attaqué des commerces.
Selon les autorités, au moins 25 membres de la garde nationale, ainsi qu’un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet, ont été assassinés dans des attaques liées aux représailles du cartel.
Un important dispositif militaire a été déployé dans l’État de Jalisco. Commerces et écoles sont restés fermés dans plusieurs zones. Les autorités locales ont recommandé aux habitants de rester chez eux.
La présidente Claudia Sheinbaum a appelé au calme sur le réseau X, invitant la population à rester informée sans céder à la panique.
Les États-Unis ont demandé à leurs ressortissants présents dans certaines zones du Mexique, y compris des destinations touristiques, de se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre.
Plusieurs compagnies aériennes américaines — United, Southwest, Alaska — ainsi que les canadiennes Air Canada et WestJet ont annulé des liaisons vers Puerto Vallarta, Guadalajara ou Manzanillo. Certains avions ont fait demi-tour en vol.
Cette flambée de violence illustre la capacité de nuisance intacte du CJNG. Comme après l’arrestation d’« El Chapo » à Sinaloa, le cartel cherche à démontrer sa force. Mais l’ampleur géographique des troubles révèle aussi les luttes internes pour le leadership désormais ouvert.
La disparition d’« El Mencho » marque une étape majeure dans la lutte contre le narcotrafic. Elle ne signifie pas pour autant la fin du cartel Jalisco Nueva Generación.
Le Mexique reste confronté à un défi colossal : restaurer l’autorité de l’État face à des organisations armées, structurées et financées comme de véritables multinationales du crime. La fermeté affichée par les autorités et la coopération internationale seront décisives.
Dans un pays gangrené par la criminalité organisée, l’opération militaire de Tapalpa envoie un signal clair : aucun chef de cartel n’est intouchable.

