Douanes–commerçants : derrière le dialogue, les vraies lignes de fracture

Ce n’était pas une simple réunion protocolaire. Le 17 février 2026, le Syndicat des commerçants de Nouvelle-Calédonie (SCNC) a rencontré la Direction des Douanes dans un contexte économique tendu, marqué par la pression sur les trésoreries, l’explosion du e-commerce et la dépendance structurelle du territoire aux recettes d’importation.
Derrière les échanges techniques, une question centrale : comment protéger les recettes publiques sans asphyxier les acteurs économiques locaux ?
25 % du budget : une dépendance assumée
Le chiffre a le mérite de la clarté : 25 % du budget de la Nouvelle-Calédonie provient des recettes fiscales à l’importation.
Ce n’est pas un détail comptable, c’est une colonne vertébrale budgétaire.
C’est un choix pays de faire appliquer certains taux et/ou de taxer le fret
Autrement dit, la Douane applique les règles décidées localement.
C’est au Congrès de la NC de modifier les règles économiques (…) La Douane appliquera les mesures prises par la NC.
La précision n’est pas anodine : l’administration exécute, le politique décide. Si réforme il doit y avoir, elle viendra du Congrès.
L’explosion des colis : la nouvelle frontière fiscale
Le sujet le plus sensible reste celui des colis postaux et des expressistes. Le SCNC a mis sur la table « les volumes colossaux d’arrivée de colis suite à l’essor du e-commerce » .
La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à cette mutation. Les achats en ligne contournent parfois les circuits traditionnels, réduisant la part du commerce local dans la consommation.
Aujourd’hui, les colis qu’ils transitent par voie postale ou par transporteurs express passent en déclaration simplifiée. L’objectif est double : sécuriser les recettes fiscales et concentrer les contrôles sur la fraude.
Mais le Syndicat va plus loin. Il propose la mise en place d’une taxe spécifique sur les colis de particuliers, à l’image de ce qui est prévu en France métropolitaine (3 à 5 euros). Cela permettrait « une étude complète du phénomène, une prise de conscience des politiques du manque à gagner et une recette fiscale supplémentaire pour le territoire ».
Derrière cette proposition, un message clair : le commerce local ne veut plus être spectateur de la révolution numérique.
Duty free : vers une ouverture aux touristes ?
Autre dossier stratégique : l’élargissement du principe du duty free.
Le Directeur des Douanes a confirmé « la volonté du Gouvernement de la mise en place de la vente en détaxe accessible à tous les touristes résidents hors NC, et par tous les commerçants ».
Le modèle envisagé serait similaire à celui de l’Hexagone ou de l’Australie : borne électronique, contrôles aléatoires et remboursement de la TGC au client.
Le frein ? Une modification du code des impôts et des ajustements techniques . Le SCNC espère une concrétisation à l’horizon 2027.
Dans un territoire qui cherche à relancer son attractivité touristique, la mesure pourrait constituer un levier de compétitivité.
Trésoreries sous tension et saisonnalité ignorée
Les commerçants ont également soulevé le problème de la patente proportionnelle à l’importation. Le versement différé pèse sur les trésoreries à N+1.
Selon la Douane, « il n’y avait aucune contrainte technique » pour que ces sommes soient perçues comme la TGC via la DSF . Une évolution permettrait de lisser les charges et d’améliorer la visibilité budgétaire.
Autre point d’alerte : les périodes critiques comme la rentrée scolaire ou Noël. Les retards de dédouanement peuvent ruiner une saison commerciale.
La Douane s’est engagée à sensibiliser ses services à cette réalité économique.
Contrefaçon : vigilance demandée
Enfin, la question de la contrefaçon a été évoquée. Tous les conteneurs ne peuvent être contrôlés.
Le Directeur demande que « les dossiers lui soient remontés pour vérification systématiques, au regard de la dangerosité et du manque à gagner pour tous » .
Un rappel que la lutte contre la fraude reste l’une des deux missions fondamentales de la Douane, aux côtés de l’accompagnement économique .
Un dialogue, mais des décisions attendues
Au-delà de la courtoisie institutionnelle, les enjeux sont lourds : dépendance budgétaire aux importations, concurrence du e-commerce, attractivité touristique, pression sur les trésoreries.
Le dialogue est ouvert. Reste désormais à savoir si les arbitrages politiques suivront.

