Mégafaune : la France protège ses tortues aux atolls

Ce dimanche 22 février, une nouvelle campagne scientifique a appareillé vers les atolls d’Entrecasteaux dans le cadre du programme Mégafaune du Parc naturel de la mer de Corail.
Objectif : évaluer le succès de reproduction des tortues vertes en pleine saison d’émergence des tortillons.
Menée par le WWF France, cette mission constitue la troisième campagne du volet « Tortues marines », prévu pour les saisons 2025-2026 et 2026-2027. Elle intervient à un moment charnière : la sortie des jeunes tortues des nids.
Classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008, les atolls d’Entrecasteaux, dont l’îlot Huon, figurent parmi les principales zones de ponte de la tortue verte du Pacifique, scientifiquement désignée sous le nom de Chelonia mydas.
Un patrimoine naturel stratégique pour la France dans le Pacifique.
Une mission scientifique au cœur de l’émergence des tortillons
La campagne actuelle clôture la saison de reproduction 2025-2026. Elle vise à mesurer concrètement le succès des pontes observées en début de saison.
Les équipes procèdent d’abord à la récupération des thermomètres installés dans les nids.
Ces capteurs permettent d’analyser les températures d’incubation, un paramètre biologique déterminant.
Chez les tortues marines, la température influence directement le sexe des tortillons.
Des températures élevées entraînent majoritairement la naissance de femelles. Des températures plus basses favorisent l’émergence de mâles.
Dans un contexte de réchauffement climatique, le suivi thermique des nids devient un enjeu démographique majeur.
Anticiper un déséquilibre du sex-ratio permet d’adapter les stratégies de gestion.
Les scientifiques assurent également le suivi des émergences. Ils comptabilisent les sorties de tortillons, évaluent la survie et documentent les traces de prédation.
Des prélèvements ADN sont réalisés sur les tortillons morts. Ces analyses permettent d’améliorer la connaissance de la connectivité des populations à l’échelle régionale.
Enfin, les pièges photographiques déployés en début de saison sont récupérés.
Leur exploitation permettra de déterminer précisément le pic de ponte.
Des atolls isolés mais exposés aux réalités climatiques
Situés à plus de deux jours de navigation de la Grande Terre, les atolls d’Entrecasteaux apparaissent comme un sanctuaire.
Pourtant, leur isolement ne les protège pas des évolutions climatiques globales.
L’élévation du niveau de la mer fragilise les plages de ponte. L’érosion côtière réduit la largeur des cordons sableux. La hausse des températures modifie les conditions d’incubation.
Les équipes réalisent donc des relevés géomorphologiques précis.
Largeur des plages, traces d’érosion, impacts des submersions marines : chaque paramètre est consigné.
Cette approche croise données biologiques et dynamiques littorales.
Elle permet d’inscrire la conservation dans une vision globale et rigoureuse.
La protection de la biodiversité ne relève pas du slogan, mais de la méthode scientifique.
Les données collectées orienteront les décisions de gestion du Parc.
Un programme français structurant pour le Pacifique
Le volet « Tortues marines » s’inscrit dans le programme de suivi de la mégafaune du Parc.
Celui-ci concerne également les mammifères marins, les grands requins et les oiseaux marins.
Sept missions de terrain sont programmées sur deux saisons.
La campagne actuelle constitue la dernière opération de la saison 2025-2026.
Le programme est cofinancé par l’État dans le cadre du Fonds vert et de France Nation Verte.
Il mobilise également l’Office français de la biodiversité, l’Institut de recherche pour le développement, le WWF France et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Cet engagement financier et scientifique traduit une volonté claire : affirmer la responsabilité française dans la gestion d’un patrimoine mondial.
Dans un contexte géopolitique où le Pacifique devient un espace stratégique, la maîtrise scientifique de ces territoires marins est un atout.
La France dispose ici du plus grand espace maritime protégé de ses territoires ultramarins.
Protéger les tortues vertes, ce n’est pas céder à l’émotion.
C’est défendre un écosystème clé, soutenir la recherche française et garantir la transmission d’un patrimoine naturel unique.
À Entrecasteaux, loin des polémiques et des postures idéologiques, le travail se fait sur le terrain.
Mesures, prélèvements, relevés, analyses.
La conservation efficace repose sur des faits, des chiffres et une stratégie de long terme.
La saison d’émergence 2025-2026 livrera ses premiers résultats dans les prochains mois.
Ils permettront d’évaluer la stabilité des populations et d’ajuster les mesures si nécessaire.
Dans le Pacifique, la France n’abandonne pas ses responsabilités. Elle agit, finance, mesure et protège.
Et sur les plages isolées d’Entrecasteaux, chaque tortillon qui rejoint l’océan rappelle que la souveraineté passe aussi par la science et la protection du vivant.
(Crédit photo de couverture : Parc naturel de la mer de Corail)

