Trahi et vaincu : la chute du roi-chevalier

Il croyait tenir l’Italie. Il y perdra sa liberté.
Le 24 février 1525, la monarchie française vacille dans la brume de Pavie.
Le rêve italien brisé dans le sang
Au début du XVIe siècle, la France entend peser sur l’équilibre européen. Le jeune roi François Ier incarne cette ambition. Vainqueur à Marignan en 1515, il s’est forgé une image de « roi-chevalier ».
Mais dix ans plus tard, l’heure n’est plus aux triomphes.
L’Italie du Nord est devenue le champ clos des rivalités entre la France et l’Empire. Face à lui se tient un souverain d’une autre envergure : Charles Quint, maître d’un ensemble territorial qui encercle presque le royaume.
En 1524, François Ier reprend Milan sans grande résistance. Son objectif est clair : consolider la présence française en Lombardie. Il met alors le siège devant Pavie, ancienne capitale des rois lombards. La ville résiste.
Le roi dispose d’environ 30 000 hommes. Confiant, il en détache 10 000 vers le royaume de Naples.
Un choix stratégique lourd de conséquences.
Pendant ce temps, l’armée impériale approche. À sa tête, un homme qui connaît parfaitement les méthodes françaises : Charles III de Bourbon. Ancien serviteur du roi, passé au camp adverse, il mène près de 30 000 soldats au secours de Pavie.
L’Europe, à ce moment-là, n’est guère favorable à la France. Isolé diplomatiquement, le roi joue gros.
Très gros.
Une bataille éclair, un désastre stratégique
Dans la nuit du 23 au 24 février 1525, les troupes impériales percent une brèche dans les défenses françaises. La surprise est presque totale.
Les Français réagissent et repoussent d’abord l’assaut. La brume, l’obscurité, la confusion donnent l’illusion d’un sursaut victorieux.
Mais le roi refuse de rester spectateur. Fidèle à son idéal chevaleresque, il prend la tête de la cavalerie lourde. Il charge les lansquenets allemands.
Ce geste héroïque désorganise son propre dispositif. Les canons français doivent cesser le tir pour ne pas atteindre leurs cavaliers. Les arquebusiers espagnols en profitent.
Le feu nourri des armes à feu fait des ravages. Le terrain, détrempé et marécageux, piège la cavalerie.
Les chevaux s’embourbent. L’élan s’effondre.
La garnison de Pavie sort alors de la ville. La bataille, commencée à l’aube, est pliée en moins d’une heure.
Environ 10 000 soldats français sont tués. L’armée est anéantie. Le roi est blessé, désarçonné, encerclé.
Il continue de se battre avant de se rendre. La scène est brutale : un roi de France capturé sur le champ de bataille.
À sa mère, Louise de Savoie, il écrit cette phrase restée célèbre :
De toutes choses, ne m’est demeuré que l’honneur et la vie, qui est sauve.
Captivité, traité humiliant et leçon d’histoire
François Ier est transféré en Espagne. Il y est retenu près d’un an.
Sa libération a un prix. En janvier 1526, il signe le traité de Madrid, un texte lourd de concessions.
Il renonce à ses ambitions italiennes. Il abandonne ses prétentions sur l’Artois et la Flandre. Il accepte de céder le duché de Bourgogne et le comté de Charolais.
Deux de ses fils sont livrés en otages. L’empereur exige également une rançon.
Cette défaite est la plus grave de son règne. Elle met fin, au moins temporairement, aux rêves d’hégémonie française en Italie.
La bataille de Pavie marque aussi une rupture militaire. La suprématie de la chevalerie face aux armes à feu appartient désormais au passé. L’arquebuse et l’infanterie disciplinée s’imposent face aux charges héroïques.
Pour la monarchie française, le choc est immense. Jamais un roi n’avait été capturé par un souverain étranger dans de telles conditions.
Mais la France ne s’effondre pas. À son retour, François Ier reprend la lutte diplomatique et militaire.
Il refuse d’appliquer certaines clauses du traité.
Pavie demeure toutefois un avertissement. L’honneur ne suffit pas à gagner une guerre.
La stratégie, l’unité européenne et la lucidité diplomatique comptent tout autant.
Le 24 février 1525 reste ainsi l’une des dates les plus marquantes de l’histoire nationale. Un jour où la France a vacillé. Un jour où un roi a payé au prix fort ses ambitions italiennes.

