Mangeons local : la riposte agricole s’organise

La filière agricole calédonienne franchit une étape stratégique. Avec la publication de la première édition du Guide de commercialisation des fruits et légumes, les producteurs disposent désormais d’un outil concret pour mieux écouler leur production.
Porté par la CAP-NC, en partenariat avec l’IFEL (Fruits et Légumes NC) et avec le soutien de l’Agence rurale, ce document s’inscrit pleinement dans l’ambition « Mangeons local ! ».
Un slogan qui ne doit plus être une simple incantation, mais une stratégie économique assumée au service de la souveraineté alimentaire.
Structurer la commercialisation pour renforcer la souveraineté alimentaire
En Nouvelle-Calédonie, la question alimentaire n’est pas théorique. Elle est économique. Elle est stratégique. Elle est politique.
Dépendre des importations fragilise le territoire. Produire localement ne suffit pas. Il faut aussi savoir organiser la mise en marché.
Ce guide répond à une réalité simple : entre produire et vendre, il existe un fossé technique et commercial.
Les producteurs doivent composer avec :
– des volumes attendus variables selon les circuits,
– des exigences de qualité précises,
– des normes de conditionnement,
– des délais logistiques stricts.
Le document détaille les spécificités de chaque canal de vente : vente directe, grande distribution, restauration collective, grossistes.
Chaque circuit a ses contraintes. Chaque débouché a ses opportunités.
L’objectif est clair : mieux faire correspondre l’offre et la demande.
C’est la condition d’une filière forte. C’est la condition d’un revenu agricole sécurisé.
Des règles claires pour professionnaliser la filière
Le guide ne se contente pas de généralités. Il entre dans le concret.
Volumes attendus. Standards qualitatifs. Présentation des produits. Conditionnement adapté. Communication professionnelle.
Les producteurs y trouvent des recommandations pratiques : comment valoriser un produit, adapter son calibrage et répondre aux attentes d’un acheteur.
L’enjeu est majeur. Un produit mal présenté est un produit dévalorisé.
La compétitivité ne passe pas seulement par le prix. Elle passe par la régularité. Par la fiabilité. Par la qualité constante.
Le guide met également en avant la valorisation sous Signe de Qualité. Un levier stratégique pour différencier l’offre locale face aux produits importés.
Dans un contexte économique tendu, la structuration est une nécessité. Pas une option.
Professionnaliser la filière, c’est sortir d’une logique d’assistanat. C’est entrer dans une logique d’excellence.
Mettre en relation pour créer un véritable marché local
Autre point central : la mise en relation interprofessionnelle.
Le guide fournit des contacts d’acheteurs professionnels. Une démarche simple, mais structurante.
Trop souvent, les producteurs travaillent isolément. Trop souvent, l’information circule mal.
Ce document vise à fluidifier les échanges. À créer des passerelles. À renforcer la cohésion économique. Car une filière forte repose sur la confiance : entre producteurs, entre acheteurs, entre institutions et terrain.
La CAP-NC et ses partenaires affichent ici une volonté claire : sécuriser la chaîne alimentaire calédonienne.
L’ambition « Mangeons local ! » prend ainsi une dimension opérationnelle. Il ne s’agit plus seulement d’encourager la consommation locale. Il s’agit d’en organiser durablement la viabilité économique.
Le message est limpide : la souveraineté alimentaire se construit. Elle se planifie. Elle se structure.
Ce guide marque un tournant. Il donne des outils. Il fixe des repères. Il trace une méthode.
Dans un territoire insulaire, où chaque crise logistique rappelle la fragilité des approvisionnements, produire et commercialiser localement est un acte stratégique.
La publication de cette première édition n’est qu’une étape. Mais elle envoie un signal fort.
Celui d’une agriculture qui veut se moderniser. Celui d’institutions qui choisissent l’organisation plutôt que l’improvisation. Celui d’un territoire qui assume la défense de son modèle productif.
La filière fruits et légumes dispose désormais d’un cadre. Aux producteurs de s’en saisir. Aux acheteurs de jouer le jeu. Aux consommateurs de soutenir l’effort local.
Car derrière chaque fruit, derrière chaque légume, il y a une exploitation. Un investissement. Une famille. Et surtout, il y a un choix collectif.

