Maladie silencieuse : le cœur des enfants en danger

Depuis 2008, l’Agence Sanitaire et Sociale de la Nouvelle-Calédonie mène une politique de santé publique structurée et assumée : dépister précocement le rhumatisme articulaire aigu (RAA) afin d’éviter des cardiopathies graves à l’âge adulte.
Une stratégie concrète, gratuite, organisée dans les écoles des trois provinces.
Chaque année, près de 4 000 élèves de CM1 et CLIS bénéficient d’une échographie cardiaque de dépistage.
En 2025, 260 enfants ont présenté une atteinte cardiaque, dont 185 directement liées au RAA.
Le signal est clair : la maladie n’appartient pas au passé.
Une maladie silencieuse qui peut abîmer le cœur
Le rhumatisme articulaire aigu est provoqué par une infection au streptocoque A, le plus souvent une angine ou une infection cutanée mal soignée. Deux à trois semaines après l’infection, une crise peut survenir.
Fièvre, fatigue, douleurs articulaires rouges et gonflées : les symptômes peuvent ressembler à une simple grippe. Mais derrière ces signes banals, le cœur peut être touché sans bruit ni douleur.
Lorsque les valves cardiaques sont endommagées, on parle de cardiopathie rhumatismale chronique (CRC).
Cette atteinte peut évoluer pendant des années sans symptôme visible.
La CRC se décline en quatre stades :
– Grade A : atteinte légère, surveillance annuelle pendant quatre ans ;
– Grades B, C et D : surveillance renforcée et injections régulières d’antibiotiques pendant plusieurs années.
Sans traitement, les lésions peuvent s’aggraver. Avec un diagnostic précoce, la maladie peut être stabilisée, soignée, voire réparée.
Le seul examen permettant de détecter une CRC reste l’échographie cardiaque. Un examen rapide, indolore, sans danger, identique à celui utilisé pendant la grossesse.
Un dépistage scolaire structuré et gratuit
Le dépistage est organisé directement dans les écoles. Avant l’intervention, un professionnel de santé vient expliquer aux élèves ce qu’est une échographie et comment se déroule l’examen.
Un dépliant d’information et une autorisation parentale sont remis aux familles.
Seuls les enfants dont les parents ont donné leur accord peuvent être examinés.
L’échographie est réalisée par un cardiologue ou un médecin échographiste expérimenté.
Les résultats sont remis aux parents le jour même sous pli confidentiel.
En cas d’anomalie, une seconde échographie est recommandée chez un spécialiste. Le diagnostic définitif n’est jamais posé à l’école.
Il n’y a pas de caractère d’urgence systématique. Si une prise en charge rapide est nécessaire, les parents sont immédiatement contactés.
Les deux examens sont financés par l’Agence Sanitaire et Sociale. Le dépistage est entièrement gratuit pour les familles.
Pour le jour J, l’enfant doit être présent en classe, muni de son carnet de santé et de l’autorisation parentale signée. Le rôle des parents est central. En 2026, la campagne débutera au mois de mars.
Pour toute question : 25 09 05.
Prévenir plutôt que subir : une responsabilité collective
Le RAA n’est pas contagieux. En revanche, le streptocoque A, lui, se transmet facilement.
Angine, écoulement nasal, plaies infectées : le microbe circule par la salive, les mains, les surfaces humides. Une hygiène rigoureuse limite la propagation.
En cas d’angine accompagnée de forte fièvre, de difficultés à avaler, de frissons, de sueurs ou de douleurs intenses, la consultation médicale est indispensable. Seul un médecin peut prescrire les antibiotiques adaptés.
Un traitement correct d’une angine à streptocoque A permet d’éviter une crise de RAA. La prévention passe par le diagnostic et le traitement précoce.
Lorsqu’une CRC est confirmée, un suivi cardiologique annuel est nécessaire. Des injections d’antibiotiques toutes les quatre semaines peuvent être prescrites pour éviter les rechutes.
Les soins peuvent être réalisés :
– en centre médico-social (CMS) ;
– à domicile par un infirmier libéral ;
– au collège ou au lycée via l’infirmier scolaire ;
– à l’université, notamment à la Maison de l’étudiant (29 00 57).
Les patients bénéficient d’une prise en charge longue maladie à 100 % via la CAFAT, sous réserve de droits ouverts.
Chaque année, environ 150 enfants sont dépistés porteurs d’une CRC. Pour une cinquantaine d’entre eux, un traitement est immédiatement mis en place.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la maladie existe toujours. Elle frappe principalement les enfants et adolescents de 5 à 15 ans.
Refuser le fatalisme, c’est agir. La Nouvelle-Calédonie dispose d’un programme structuré, financé, opérationnel.
Le dépistage scolaire du RAA est un outil concret de protection de l’enfance. Il ne s’agit ni d’alarmisme ni de posture idéologique, mais d’une politique de santé publique fondée sur des faits médicaux vérifiés.
Parents, enseignants, professionnels de santé : la mobilisation collective permet d’éviter des pathologies cardiaques graves à l’âge adulte.
La campagne 2026 approche. Un geste simple, une autorisation signée, une présence en classe : cela peut changer une vie.

