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La France n’est plus une puissance agricole

25 février 2026 à 11:00
3 min de lecture
La France n’est plus une puissance agricole
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La France fut une puissance agricole incontestée. Elle ne l’est plus.
C’est le constat sans détour dressé par le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), saisi par le ministère de l’Agriculture pour analyser le déficit de productivité agricole de la France face à ses concurrents européens.

Le rapport, publié début 2026, se concentre sur trois piliers majeurs de notre souveraineté alimentaire : les céréales, le lait bovin et la volaille de chair. Trois filières stratégiques. Trois secteurs où la France recule.

Un déclassement commercial qui ne doit rien au hasard

Les faits sont têtus. En 2000, la France était le 2e exportateur mondial de produits agricoles et agroalimentaires. Depuis 2020, elle n’occupe plus que la 6e place mondiale, derrière les États-Unis, le Brésil, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Chine. Ce déclassement n’est pas symbolique. Il est structurel.

La balance commerciale agricole et agroalimentaire française reste certes excédentaire. Mais cet excédent repose principalement sur les vins et spiritueux. Autrement dit, sur l’excellence historique de certaines filières d’exportation haut de gamme.

Dans le même temps, en 2023, la balance commerciale agricole s’est effondrée de 43 % par rapport à 2022. Depuis 2015, la balance commerciale agroalimentaire française avec les pays de l’Union européenne est devenue négative.

La France importe davantage de produits agricoles européens qu’elle n’en exporte vers ses partenaires : un renversement historique pour un pays qui a longtemps été le grenier de l’Europe.

Céréales, lait, volaille : trois filières sous pression

Le rapport du CGAAER analyse les conditions de production dans les filières des céréales, des bovins laitiers et des volailles de chair, en comparaison avec les principaux concurrents européens.

Dans les céréales, la France reste un acteur majeur en volume, mais la productivité et la compétitivité se heurtent à des coûts de production plus élevés que chez certains voisins. Les exploitations doivent composer avec des normes environnementales et administratives plus contraignantes.

Dans la filière bovine laitière, la fragmentation des exploitations, les charges sociales et fiscales, ainsi que les coûts énergétiques pèsent sur la rentabilité. Certains concurrents européens ont modernisé plus rapidement leurs outils de production.

Dans la volaille de chair, la concurrence est particulièrement forte. Les écarts de coûts de main-d’œuvre, ainsi que les différences de normes sanitaires et environnementales, créent des distorsions de concurrence au sein même du marché européen.

Le rapport ne se livre à aucune spéculation idéologique. Il compare des conditions objectives de production : charges, structures d’exploitation, volumes, performances.

Et le constat est clair : la France ne bénéficie plus de l’avantage compétitif qu’elle détenait autrefois.

Une question de souveraineté nationale

Derrière ces chiffres se cache un enjeu central : la souveraineté alimentaire.

Un pays qui dépend de ses voisins pour son alimentation affaiblit sa capacité stratégique. La crise sanitaire et les tensions géopolitiques récentes ont rappelé combien les chaînes d’approvisionnement peuvent être fragiles.

La France dispose d’atouts considérables : des terres agricoles vastes, une diversité climatique, un savoir-faire reconnu mondialement.
Mais ces atouts ne suffisent plus face à une concurrence européenne et mondiale organisée, rationalisée et offensive.

Le rapport du CGAAER n’est pas un manifeste politique. Il constitue un diagnostic technique.
Mais ce diagnostic appelle une réponse politique claire.

Réduire le déficit de productivité agricole, restaurer la compétitivité des filières céréalières, laitières et avicoles, rééquilibrer la balance commerciale agricole avec l’Union européenne : ce sont des objectifs mesurables, concrets et vérifiables.

L’agriculture française ne demande pas des discours compassionnels.
Elle demande des conditions de production comparables à celles de ses concurrents.

Car sans compétitivité, il n’y a pas d’exportations. Sans exportations, il n’y a pas de puissance agricole.
Et sans puissance agricole, il n’y a pas de souveraineté.

La France peut redevenir un leader. Mais cela suppose de regarder la réalité en face et d’agir.

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